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ENTREZ LIBRES

Publié le par BMC

Photo Richard Kriegel

 

Dans les années soixante-dix, j’habitais Paris, je venais d’aménager dans un nouvel appartement et dans la pièce qui allait me servir d’atelier ; j’eus le plaisir de découvrir une chaise, sans doute abandonnée par les habitants précédents.

Je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais parfois les objets semblent nous regarder, c’était le cas. Elle me plaisait bien et comme il n’y avait aucune raison que je m’en débarrasse, elle resta dans un coin de l’atelier. C’était une chaise Louis-Philippe dont l’assise, qui à l’origine devait être cannée, avait été remplacée par une plaque de contre-plaqué, le tout badigeonné au Ripolin blanc. Comme elle n’était pas confortable, personne ne s’y asseyait.

À ce niveau de mon histoire il est important que je précise ceci: Lorsque je peins je ne me sers jamais de palette, je mélange la couleur telle qu’elle sort du tube directement sur la toile, ensuite j’essuie mon pinceau. Voilà donc ce à quoi la chaise allait servir. Et depuis ce temps, la couleur se superposant à la couleur, elle est passée par tous les états possibles, des dominantes rouges au vert et du bleu au jaune. C’était une chaise caméléon, c’était une chaise arc-en-ciel. Elle m’a suivi dans toutes mes pérégrinations, d’atelier en atelier. Peut-être me porte-t-elle chance…

La première fois que je suis allé voir le musée Picasso, quelle ne fut pas ma surprise d’y voir une chaise ayant eu visiblement la même utilisation que la mienne. Le Maître aurait-il osé me copier ? J’ai pensé que dans un cas pareil il fallait agir en grand seigneur, je n’ai donc rien dit…La sagesse consistait à ignorer l’incident. Vous auriez sans doute fait comme moi…

Une autre fois, une amie nous avait laissé sa fille à garder, la petite devait avoir, cinq ou six ans, comme pour ce qui est des enfants je suis vraiment pas doué, j’installai le petit monstre devant une feuille de papier blanc, un pinceau dans la main droite, trois tubes de gouache et basta ! Visiblement, l’artiste était en pleine création, ça faisait un bon moment que je n’entendais plus rien, hypocritement (c’est dans ma nature, j’ai eu une éducation catholique) j’allai à l’aide d’une glace qui était judicieusement placée jeter un œil sans risquer de me montrer. Dans le cas où elle aurait avalé les tubes de couleur, on ne sait jamais tout ce qui passe dans la tête des enfants. Et voici ce que je vis : La mignonne peignait le plus sérieusement du monde, mais entre deux ou trois coups de pinceaux se dirigeait vers la fameuse chaise sur laquelle elle faisait des retouches à sa façon. Là aussi j’ai été grand seigneur, j’ai fais celui qui n’avait rien vu.

Une autre amie était, elle, passionnée d’antiquités et chaque fois qu’elle venait chez nous j’avais droit à : « Tu ne veux pas que je te la décape ta chaise Louis-Philippe, c’est dommage de la laisser comme ça… ». J’avais beau lui expliquer que finalement elle me plaisait bien comme ça, rien à faire, elle n’a jamais compris, il faut dire qu’à mes peintures non plus, elle ne comprenait pas grand choses.

Si je vous ai parlé de cette chaise, c’est tout simplement parce qu’on me pose souvent des questions à son propos. Parfois les personnes qui entrent dans l’atelier, ignorant tous les tableaux qui peuvent s’y trouver s’écrient : « Oh ! Elle est chouette ta chaise !» .

Désolée elle n’est pas à vendre…

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