bmc.constans@free.fr

ENTREZ LIBRES

Publié le par BMC
Publié dans : #B.M.C.
 

Bernard Buffet
 
“Tu t'es suicidé et c'est moi qui suis morte ce jour-là".
 
                                    Annabel Buffet



Le 4 octobre 1999 Bernard Buffet qui a tant de fois écrit son nom sur ses tableaux, parfois en très grand, souvent en trop grand, va l’écrire une dernière fois sur toutes les faces d’un sac en plastique noire, il y plonge sa tête et disparaît pour toujours.   
Tout le monde connaît ses débuts : l’école des beaux-arts qu’il quitte deux ans plus tard, la rencontre avec le docteur Girardin, célèbre collectionneur de l’époque, le contrat avec Emmanuel David, enfin à 19 ans le Prix de la Critique qu’il partage avec un autre Bernard, Lorjou de 20 ans son aîné. D’abord marié avec Agnès Nanquette, qu’il quitte un an plus tard, puis sa liaison avec Pierre Bergé, qui  durera huit ans. Très jeune sa vie est déjà très compliquée et, avec le temps, les choses ne vont pas s’arranger.
Plus tard ce sera l’alcool, la drogue… Je ne tiens pas à entrer dans le détail (lire le livre dAnnabel Buffet “D’amour et d’eau fraîche”).


Mais ce qu’on ne peut pas reprocher à Buffet c’est sa sincérité, Buffet a toujours cru à ce qu’il faisait, il a su dans des moments difficiles prendre position, toujours rester fidèle à ses idées.

Très jeune Bernard Buffet va connaître le succès, il n’aura plus de soucis financiers ; on lui prête  un pavillon à Garches, pour tout loyer, un tableau par trimestre (c’est pas à moi que ça arriverait), Jean Giono met une maison à sa disposition à Manosque, enfin tout va bien…

Nous sommes maintenant en 1955, dans le monde de l’art c’est la guerre entre les figuratifs et les abstraits, tout artiste, tout critique doit prendre position. Souvenez-vous Malraux : “La grande peinture n’est plus figurative”, Malraux   détestait  Buffet. Comme je l’ai déjà écrit dans mon article sur Bernard Lorjou, Buffet adhère au groupe Homme témoin dont feront partie, bien entendu, Lorjou, sa femme Yvonne Mottet, André Minaux, Jean Couty et le critique Jean Bourret. Ce groupe a pour mission de défendre l’art figuratif, bref, c’est la guerre.

Bien sûr il y a la rencontre avec Annabel. C’est l’époque où l’on découvre Saint-Tropez, les journaux ne parlent que de Françoise Sagan, et des deux BB, Brigitte Bardot et Bernard Buffet. Suit le mariage avec Annabel, ils auront deux filles, (Buffet avait déjà un fils). Annabel sera sa Muse jusqu'à la fin de sa vie.

Buffet n’est pas beaucoup aimé de ses confrères peintres, comme de nombreux critiques. Buffet et Annabel mènent la vie de château, changent de demeure tous les sept ans, roulent en Rolls ; jalousie, sans doute, cela ne plait pas beaucoup.

À propos de voitures et de Buffet, permettez-moi pour une fois de vous raconter une histoire un peu personnelle.
J’ai eu l’occasion plusieurs fois d’assister au vernissage d’une expo Buffet chez David et Garnier. Il fallait enjamber les fils des caméras de télévision, enfin vous voyez l’ambiance. Une dame s’approche d’un des galeristes et demande :
“Le maître va-t-il venir ?”
 Réponse :
 “Oui madame nous l’attendons”
“Ah bon, qu’est-ce qu’il a comme voiture ?” Le galeriste répond sans sourciller, dans ce genre de métier, on peut s’attendre à tout, il indique une marque de voiture très quelconque genre Simca, Aronde, sais plus. La dame a eu l’air très déçu que le maître ne soit pas venu avec sa Rolls Royce Silver Shadow. Peut-être même ce jour-là  ne lui a-t-elle pas acheté de tableau


C’est bien difficile de parler de sa peinture. A ses débuts, Buffet était comme on dit vulgairement “dans la merde”, à ce moment là il a fait des peintures sublimes, les méchantes langues disent qu’il a copié Gruber, personnellement je ne le pense pas du tout, et j’ai d’ailleurs l’intention de faire un article sur cet excellent artiste que j’aime beaucoup. Par la suite Buffet est devenu victime de son succès. Cela me fait penser à cette pub télé où un galeriste mondain montre des peintures en noire et blanc et au moment où le tableau devient très coloré la seule chose qu’il trouve à répondre c’est “Tout ce que je peux vous dire c’est que à ce moment-là il a changé de voiture”. Avec Buffet, il s’est passé un peu la même chose, avec la réussite et l’argent, sa peinture va changer, de presque monochrome elle va prendre des couleurs, la pâte devient plus épaisse, mais tout ça n’ajoute rien. Avec le temps, Buffet va  caricaturer ses premières œuvres, son maniérisme est à son comble, il suffit de regarder l’évolution de sa signature.

La critique commence à se détourner de son œuvre, particulièrement en France. Buffet est décoré de la légion d’honneur, il sera élu à l’Académie des Beaux-Arts (à sa mort c’est Pierre Berger qui le remplacera), tout ça ne plait pas beaucoup.
On pourrait penser que Bernard Buffet n’en a rien à cirer, mais se serait oublié qu’il est  hyper émotif, il en souffrira énormément. Le sens du tragique est toujours présent dans son œuvre, et dans sa vie, la mort se cache souvent au coin d’un tableau, Buffet est obsédé par la mort.
Buffet peint beaucoup, mais c’est toujours le même tableau qu’il peint, tel Utrillo  il s’autocopie sans cesse, et c’est bien là qu’est le problème ; on peut dire qu’il y a eu deux périodes Buffet celle d’avant 1958 et celle d’après.
C’est pour plus de clarté que j’ai classé ses peintures chronologiquement.



En 1988 les Japonais inaugure un Musée Bernard Buffet, c’est là que par la suite ses cendres seront dispersées.

Bernard Buffet nous a laissé plus de 8.000 œuvres (sans compter les faux).

Vous l’aurez compris, je n’aime pas toute la production de Bernard Buffet, en revanche j’ai beaucoup d’admiration pour l’homme qui fait partie de ces écorchés vifs tel Bacon, Paul Rebeyrolle et les autres. L’ennui c’est que, dans son œuvre, il faut faire un tri.

Annabel avait 8 ans lorsque sa mère s’est suicidée, quelques années plus tard ce sera le tour de son père et enfin celui de son mari. Annabel est décédée le 3 août 2005.

 

 
***

 

tRADUCTION DANS TOUTES LES LANGUES

Hébergé par Overblog