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ENTREZ LIBRES

Publié le par BMC

“Son art est un ruban autour d’une bombe”

                             André Breton.

 

La peinture mexicaine n’a jamais été ma tasse de thé, le côté naïf et décoratif, très peu pour moi !  Mais je dois reconnaître qu’il existe une exception: Frida Kahlo. Sa peinture exprime une force tellement exceptionnelle que pour la “comprendre” et l’aimer il est nécessaire de mettre en parallèle sa vie et son œuvre. Est-il besoin de souffrir pour être génial? Certains le prétendent…Il faut dire qu’il y a, en particulier chez les peintres, de nombreux exemples.

Née le 6 juillet 1907, Magdalena Frida Carmen Kahlo Calderon. Son père est allemand sa mère mexicaine d’origine indienne.

A l’âge de six ans Frida est atteinte de poliomyélite. (Le vaccin ne se pratiquera couramment qu’à partir des années cinquante) Le mal va rapidement progresser: sa jambe droite et son pied ne grandissent plus et resteront déformés pour le restant de ses jours.
Frida qui a une très grande force de caractère et qui passera sa vie à se battre commence, malgré tout, de brillantes études. Dès son arrivée à l’école elle sera surnommée “La boiteuse”. A cet âge là on imagine les conséquences d’un tel sobriquet.
En 1922 Frida va s’inscrire à La Escuela National Preparatoria qui à l’époque est une des meilleures institutions du Mexique. Très peu de filles y sont admises. Frida s’intéresse aux sciences naturelles et espère pouvoir faire un jour des études de médecine.
Par son père photographe et pratiquant l’aquarelle  elle  découvre  l’art mais n’envisage pas pour le moment une carrière artistique.

Le 17 septembre 1925, Frida vient d’avoir dix-huit ans, elle rentre chez elle en bus. Soudain l’autobus percute un tramway. Il y a plusieurs morts. Une barre de fer la transperce de part en part. Elle dira plus tard: “C’est comme ça que j’ai perdu ma virginité” cet événement va provoquer une grave maladie dénommée syndrome d’Asherman, maladie qui par la suite sera  la cause de plusieurs fausses couches. Dans l’accident sa jambe droite (celle déjà atteinte par la polio) a maintenant onze fractures, son pied droit est cassé ainsi que le bassin et la colonne vertébrale. “Elle a la chance” que son épaule soit simplement démise. Après un mois d’hôpital elle devra rester en permanence allongée.
Sa mère persuadée que sa fille va mourir n’ira la voir à l’hôpital qu’un mois après l’accident…
Heureusement son père à toujours été là, il sera présent dans tous les moments difficiles..
Un an plus tard de nouvelles opérations sont nécessaires. Frida doit maintenant porter durant neufs longs mois un corset de plâtre et de fer. Frida fait preuve d’abnégation, elle dira : “Maintenant je commence à m’habituer à la souffrance ”. À partir de ce moment les douleurs en particulier à la colonne vertébrale ne vont plus la quitter, sa vie devient une éternelle crucifixion. Comme elle n’est pas du genre à rester sans rien faire, elle décide qu’elle va devenir peintre. Il va falloir installer un ciel de lit avec un miroir pour lui permettre de se voir et ainsi faire de très nombreux autoportraits, il en existe 55. Frida va passer tout son temps face à elle-même.  Sa toile est fixé sur une sorte de chevalet à hauteur des genoux. Durant sa vie elle peindra 143 tableaux (dont les fameux 55 autoportraits)
Frida, grâce à la peinture et a un courage hors du commun, surmonte ses souffrances.
Sexuellement, Frida  comme on dirait en France: “ marche à  voile et à  vapeur” . On la verra souvent travestie en homme. Une photo très connue prise par son père  en 1926 la montre en famille avec sa mère, Matilde et sa sœur Cristina devant “ La maison bleue” celle de sa naissance, (ne pas confondre avec celle  de Maxime le Forestier) elle est vêtue en costume  trois pièces.
Frida est une femme libre, elle affiche ouvertement sa bisexualité. Elle milite pour l’émancipation de la femme.  N’oublions pas que nous sommes en  1928, les choses ne sont pas si faciles que de nos jours. Encouragée par son amie du moment Tina Modotti, elle s’engage politiquement et s’inscrit au Parti communiste mexicain. Moment charnière dans sa vie Frida va rencontrer le très célèbre peintre Diego Rivera. Les femmes sont parfois bien étranges, comment a-t-elle fait pour s’amouracher de Diego qui a vingt ans de plus qu’elle, et physiquement ressemble plus à un Troll qu’a un grand artiste, il est vêtu comme un clochard. Mystère !  Heureusement ils se retrouvent par leurs discussions entre artistes, Diego a la gloire, l’argent, il sera souvent comparé à un ogre, on dit qu’à l’âge de neuf ans il fréquentait les bordels mexicains, certains iront même jusqu’a prétendre qu’il mangeait de la chair humaine afin de se donner de la force “C’est peut être une légende”.
Malgré ses terribles souffrances Frida vit une grande passion dont elle ne se croyait plus capable. Ils se marient à Mexico le 21 août 1929. Il ne faudra pas attendre longtemps pour que Diego la trompe “joyeusement” (c’est parait-il le terme à employer) . Elle-même s’engage dans de nombreuses relations extra-conjugales et bisexuelles. Bref, rien n’est simple.
En 1929 Frida et Diego habitent à l’hôtel. L’hôtel en  question est interdit aux juifs, Frida menace de déménager en guise de protestation, elle réussira à faire lever l’interdiction ce qui à l’époque était presque impossible .
Dans les années 30 Frida en réaction au mouvement nazi décide d’écrire son nom Frieden (Paix en allemand). Toujours en 1930 Diego est chargé de réaliser deux importantes fresques murales à San Francisco. Grace à un mécène ( amant de Frida) Diego obtient son visa pour l’Amérique. À la même époque Frida fera sa première fausse couche. Elle se vide de son sang. Elle qui voulait un enfant est  très marqué par cet événement, pourtant les médecins l’avait prévenue, avec son bassin fracturé en trois endroits le fœtus n’aurait pas pu survivre.
Lors d’un voyage à Détroit, Frida se retrouve à nouveau enceinte. Elle va rencontrer “un médecin” qui lui conseille de garder l’enfant en prétendant pouvoir l’accoucher par césarienne. Contrairement à ce qu’avait dit le “spécialiste”, elle va faire une deuxième fausse couche. C’est à  cette époque qu’elle peint un tableau intitulé :“le lit volant” très significatif de son état du moment.
Frida découvre que Diego la trompe (joyeusement) avec sa propre sœur Cristina. À ce moment on verra apparaître sur les peintures de son corps mutilé de nombreuses piqures, chacune correspondant symboliquement à une tromperie.
Grâce à Diego, Léon Trotsky à réussi à obtenir l’asile politique à Mexico . Frida ne va pas tarder à avoir une brève mais intense liaison avec Léon. Elle va lui dédicacer un de ses tableau, en  voici le texte: “Pour Léon Trotsky , je dédicace cette peinture avec tout mon amour”.
Frida et sa mère ont toujours eu des relations difficiles, souvenez-vous sa visite à l’hôpital  un mois après son accident. Tout a une fin, sa mère meurt en 1933.
Durant la période 1932/1933 Frida vit un moment difficile, elle se sent mal aux Etats-Unis. Autant Diego est fasciné par les Etats-Unis autant elle n’aime pas ce pays, ni ses habitants, ce dégout apparaît dans ses peintures. Diego consent à retourner au Mexique. Ils s’installent à San Ángel.
1934.Frida devra subir à nouveau un curetage.
Comme chez beaucoup de peintres Frida a de longs passages sans activités artistiques.
Vers 1935 Frida à une vie tumultueuse. Elle part à New-York avec deux amies et ne retournera au Mexique qu’avec la certitude que la liaison de Diego avec sa sœur Cristina soit bien terminée.
Début 1938, Frida expose à New-York (Julien Levy Gallery). Ses tableaux portent des titres révélateurs: “La colonne brisée”- “Le cerf blessé”-“La fleurs de la vie”-“L’étreinte de l’univers”-
Les surréalistes s’intéressent à son travail, elle ne supporte pas qu’on l’associe à ce groupe (comme je la comprends).
En 1938 Frida et Diego divorcent. La même année elle est atteinte d’une mycose aiguë de la main droite, ce qui la handicape pour son travail de peintre.
En 1939 Frida part seule à Paris. André Breton qui adore sa peinture organise avec Pierre Colle une exposition. Dix huit tableaux y seront présentés. À cette occasion Picasso lui offrira deux mains en ivoire en guise de boucles d’oreille. Elle commence à avoir une petite renommée à Paris. Mais Frida ne supporte ni Breton qui d’après elle ne pense qu’à sa propre gloire, ni Pierre Colle qui avait organisé cette expo qu’elle traitera de “vieux bâtard et fils de pute”.
Frida pique sa     colère: ”Ça valait le coup de venir en Europe pour voir en train de pourrir sur pieds ces gens, ces bons à rien qui sont la cause de tous les Hitler et Mussolini” Frida rentre au Mexique.
Malgré leurs complexités de leurs relations Ils ne peuvent vivre l’un sans l’autre
En 1940 Diego Rivera propose à Frida de l’épouser de nouveau. Le second mariage aura lieu le 8 décembre 1940.

Après le décès du père de Frida “les jeunes remariés” s’installent au Mexique dans la maison natale de Frida (La maison bleue).
Diego a toujours été engagé dans la lutte sociale, il place l’art au niveau populaire (On pense à Fernand Léger). Diplomatiquement les États-Unis cherchent à se rapprocher du Mexique, Diego en profite, il est de plus en plus connu et devient un ambassadeur de choix, il a de nombreuses  commandes. Bref “tout va bien, POUR LUI”
En 1943 aura lieu une exposition Khalo, à Mexico. Frida y arrive vêtue d’une robe zapothèque, elle est allongée sur le fameux lit à baldaquin que porte ses amis.
Cela fait bien longtemps qu’elle n’a pas été aussi heureuse.
1950 Frida doit rentrer à l’hôpital, elle va y rester neuf mois, les opérations à la colonne vertébrale se succèdent, il y en aura sept d’affilée qui laisseront d’énormes cicatrices. Fournissant un effort surhumain elle peut  se remettre  à peindre . En août 1953 on l’ampute de la jambe droite.

 LA LETTRE À DIEGO.

Mon cher Don Diego,

Je t’écris cela depuis une chambre d’hôpital, la salle de préparation au bloc opératoire. Ils essayent de me presser mais je suis déterminée à achever cette lettre, je n’aime pas faire les choses à moitié et encore moins maintenant que je suis au courant de ce qu’ils planifient, ils veulent blesser ma fierté en me coupant un pied…
Lorsqu’ils m’ont annoncé qu’ils devaient m’amputer de la jambe, ça ne m’a pas affectée comme chacun le croyait, NON, j’étais déjà une femme incomplète lorsque je l’ai perdue cette autre fois, peut-être la énième, et pourtant j’ai survécu.
Ça n’a pas changé ma douleur et tu le sais, c’est presque une condition immanente à mon être, bien que je t’avoue que j’ai souffert, et beaucoup, la fois, toutes les fois, où tu m’as trompée… Pas seulement avec ma sœur mais avec tant d’autres femmes … Comment ont-elles pu tomber dans tes filets? Tu penses que je t’ai emmerdé à propos de Cristina, mais je dois t’avouer aujourd’hui que ce n’était pas pour elle, mais pour toi et moi, d’abord pour moi parce que je n’ai jamais compris. Qu’est-ce que tu cherchais, qu’est-ce que tu cherches, qu’est-ce qu’elles te donnent et t’ont donné que je ne t’ai pas offert ? Parce que, soyons francs Diego, je t’ai donné tout ce qui était humainement possible et nous le savons, alors maintenant, j’aimerais comprendre putain comment tu fais pour conquérir toutes ces femmes alors que tu es si laid fils de pute…
L’intérêt de cette lettre n’est pas de te reprocher plus que ce que nous nous sommes déjà reprochés dans cette vie, et qui sait dans combien d’autres encore, mais seulement de t’annoncer qu’ils vont me couper une jambe (finalement on en vient à la condamnée)… Je t’ai déjà dit il y a bien longtemps que je me sentais incomplète, mais quelle aurait été la putain de nécessité que les gens s’en doutent ? Maintenant tu le vois, mon morcellement sera visible à la vue de tous, de toi… C’est pour cela que je préfère te le dire « personnellement » avant que ça ne s’ébruite. Excuse moi de ne pas m’être arrêtée chez toi pour te l’annoncer, mais dans ces instances et ces conditions, ils ne m’ont pas laissée sortir de la chambre, pas même pour aller aux toilettes. Je ne souhaite pas te déranger, ni toi ni personne, et je veux que tu ne te sentes coupable de rien, je t’écris pour t’annoncer que je te libère de moi, allez, je « t’ampute » de moi, sois heureux et n’essaye plus jamais de me voir. Je ne veux plus avoir de tes nouvelles ou que tu en aies de moi, si j’ai réellement envie de quelque chose avant de mourir c’est de ne plus être amenée à revoir ton horrible sale gueule roder dans mon jardin.
C’est tout, je peux enfin m’en aller et reposer en paix.
Celle qui vous aimait d’une impétueuse folie fait ses adieux.

                             Votre Frida.


En août 1953, on lui ampute la jambe droite jusqu’au genou à cause d'une gangrène. Cette opération apaise ses souffrances, mais la plonge dans une profonde dépression :
« On m’a amputé la jambe il y a six mois qui me paraissent une torture séculaire et quelques fois, j’ai presque perdu la tête. J’ai toujours envie de me suicider. Seul Diego m’en empêche, car je m’imagine que je pourrais lui manquer. Il me l’a dit, et je le crois. Mais jamais de toute ma vie je n’ai souffert davantage. J’attendrai encore un peu… »
Malheureusement sa destinée la poursuit: La gangrène attaque maintenant sa jambe droite. Frida noie son chagrin dans l’alcool, l’envie de suicide la poursuit.
Le 2 juillet 1954 on pourra voir Frida sur sa chaise roulante lever le poing lors d’une manif contre l’intervention de la CIA au Guatemala. Frida la révoltée est toujours parmi nous. Ce jour là elle attrape une pneumonie, la souffrance est  présente plus que jamais. Elle écrira sur son journal intime : “J’espère que la sortie sera joyeuse et j’espère ne jamais revenir”
Le 13 juillet l’infirmière la découvre les yeux ouverts, elle vient de mourir à l’âge de 47 ans.
Sur son dernier tableau, elle écrira “Viva la Vida“

Sa mort n’est sans doute pas accidentelle.

Et dire qu’il y aura toujours des imbéciles pour dire que l’euthanasie ou le suicide assisté n’a pas droit de cité sur cette planète !

 

Images Frida Kahlo sur Google

 

Images Diego Rivera sur Google

 

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