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Publié le par BMC et la Muse
En Chine, les bouddhas poussent comme des champignons géants
S'il y a quelqu'un au monde capable de restaurer le bouddha récemment dynamité de Bamiyan, en Afghanistan, c'est bien Liang Enming. Cet homme d'affaires a été chargé de l'entretien du grand bouddha de Leshan - 71 mètres de haut -, dans la province chinoise du Sichuan. Il a démissionné de ce poste au début des années 90 pour créer un parc à thème, l'Oriental Buddhist Capital, où sont reproduites  3 000 statues bouddhistes du monde entier.
Au mois de mars, alors que le monde était encore sous le choc de la destruction des statues de Bamiyan par les talibans, M. Liang a flairé le débouché commercial. Persuadé qu'une réplique du bouddha de Bamiyan attirerait les touristes dans son parc, il a collecté, dès le mois d'avril, 8 millions de yuans pour lancer un projet à proximité du bouddha de Leshan. Pour le seconder, il a engagé Tan Yun, directeur de l'Ecole de sculpture du Sichuan, et l'a nommé concepteur en chef. Le bouddha de Bamiyan est considéré comme l'une des merveilles de l'Asie. On pourrait donc croire qu'il serait difficile d'en faire une copie. M. Tan n'est pas de cet avis. A l'en croire, les propriétés géologiques des montagnes de Leshan constitueraient un gros avantage. Elles sont en effet constituées d'un grès rouge-brun qui se prête parfaitement à la sculpture d'une grande statue "C'est pourquoi nos ancêtres ont pu fabriquer les plus grandes statues bouddhistes il y a mille deux cents ans", explique M. Tan.
Autre avantage évident, les possibilités qu'offre le matériel moderne. Il a fallu quatre-vingt-dix ans pour construire le bouddha de Leshan, sous la dynastie des Tang. M. Tan pense pouvoir reproduire l'exploit en deux ans. Il affirme qu'il lui suffit d'une photo pour refaire n'importe quelle statue.
Comment refaire l'original de Bamiyan à partir de l'exemplaire détruit qu'ont vu les téléspectateurs ? Et pourquoi, d'ailleurs, vouloir le reproduire à l'identique ? "On m'a dit qu'un bouddha cassé n'attirerait guère les touristes", répond M. Tan.
Le bouddha est défiguré ? Pour M. Liang, ce n'est qu'un détail. On peut parfaitement reconstituer le visage à partir d'une statue de la même période. Le vrai problème, assure-t-il, sera d'obtenir les autorisations du gouvernement chinois.
Il y a six ans, le Bureau des affaires religieuses de l'Etat, agacé par l'engouement pour les idoles bouddhistes dans toute la Chine, notamment à des fins touristiques, a décidé que les constructions de nouveaux bouddhas de grande taille devraient être examinées au cas par cas. Mais la folie des bouddhas ne s'est pas calmée pour autant. De nombreuses villes chinoises sont entrées en concurrence : c'était à qui aurait le plus grand bouddha. Dans la province d'Anhui, sur la montagne de Jiuhua, un bodhisattva de 99 mètres de haut est en construction, pour un coût de plus de 200 millions de yuans. Mais il ne détiendra pas longtemps le record de hauteur : en 1999, on avait déjà commencé à ériger le gigantesque bodhisattva de Guanyin, à l'extrême sud de l'île de Hainan. Ce colosse moderne, dressé sur une île artificielle de la Chine du Sud, atteindra 108 mètres de haut.
Malgré cette activité frénétique, il n'est pas certain que le projet de Bamiyan obtienne rapidement le feu vert. Guo Chengzhen, fonctionnaire du Bureau des affaires religieuses, s'oppose à la construction de grands bouddhas en vue de développer le tourisme. "C'est révoltant de voir des gens jouer avec des statues bouddhistes", s'indigne-t-il. Il estime que les travaux sur les idoles bouddhistes devraient être menés par les bouddhistes eux-mêmes. Or l'Association bouddhiste chinoise fait valoir qu'il n'y a plus lieu de construire de grands bouddhas. Li Qiang, porte-parole de cette association, juge pour sa part que n'importe quel Bouddha, grand ou petit, suffit à la prière. De telles constructions représentent à ses yeux un grand gaspillage pour une ville, une région ou même un village, alors que la Chine est un pays pauvre, comptant beaucoup de chômeurs. Toutefois, Leshan n'étant pas un site religieux, il ne relève pas de son association, ajoute-t-il.
M. Tan, pour sa part, rappelle que de nombreux artistes ont participé à ces projets, mais il déplore le côté peu créatif de ces travaux. Il préférerait faire quelque chose de plus personnel - comme la statue de la Liberté. "Mais la plupart des commanditaires ne paient que pour des bouddhas", conclut-il.

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