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ENTREZ LIBRES

Publié le par BMC
Publié dans : #B.M.C.
 
C'était dans un temps très lointain, j'étais à cette époque-là petit, si petit (comme dit un humoriste dont j'ai oublié le nom , pardon pour lui), si petit donc que tous ceux qui me voyaient de près pensaient que j'étais loin.

Je n'ai jamais su mon âge, même à l'époque où on peut compter les années sur les doigts d'une main. Encore aujourd'hui j'ai des difficultés à trouver le nombre fatidique. Si on me demande : "Quel âge avez-vous ?", je sors ma calculette. Voyons, en quelle année sommes-nous? Ah oui, 2006, vous êtes sûr? 
 
Bon, je suis né en ? attendez ... c'était l'année ? non, je ne me souviens plus. Pourtant, je me souviens de ma naissance, mais dans la chambre où je suis né, il n'y avait pas de calendrier. J'ai beau chercher, non rien qui y ressemble. Un crucifix au-dessus du lit = en tous cas, c'était après J.C. ?
Le seul calendrier de la maison se trouvait à la cuisine .. je n'allais tout de même pas, à peine né , mi-reptile, mi-tortue, descendre un étage, juste pour satisfaire votre (future) curiosité !

Quel âge avez-vous ? La calculette ayant rempli son office, un nombre apparait alors, qui généralement semble satisfaire mon interlocuteur.

Le calcul va sans doute se corser lorsque j'aurai entamé mon deuxième centenaire ! Compter avec deux chiffres, passe encore, mais avec trois .. Enfin, il me reste quelques années pour m'entraîner. 
 
 

 

Château de Saint Loup - B.M.C  aux alentours de 1950
 
Retour à la case départ : j'étais à cette époque petit, si petit, etc, etc.. Je devais avoir cinq ou six ans (la calculette fut inventée bien plus tard). Assis devant le bureau de la chambre, armé d'un outil redoutable : un crayon de couleur. De couleur verte. Le crayon vert est celui qui est le plus utilisé par les enfants.

Et là, on est en droit de se poser la question : pourquoi le vert plutôt que le rouge, qui l'est moins que le bleu ? (Je ne sais pas si vous l'avez remarqué, mais dans l'art de couper les cheveux en quatre, je suis assez doué.)

Bref, armé de mon crayon vert, me vint l'idée saugrenue de tracer une ligne verticale d'environ sept à huit centimètres de haut (pas de calculette et pas non plus de règle graduée).

J'étais seul dans la chambre et c'était fort dommage. S'il y avait eu quelque membre de la famille, il se serait certainement écrié " Où va-t-il chercher tout ça ?.." Mais , solitude de l'artiste, devant ma feuille presque blanche, il y avait seulement le fameux trait vert, agrémenté de quelques traces de doigts. Abandonné du genre humain, comme dit le poète, je continuais inexorablement mon oeuvre.
 
Pourquoi, à ce moment, me suis-je mis à tracer des lignes obliques, une à gauche pour commencer, une à droite pour continuer et ainsi de suite ........... Dans ces moments de concentration profonde, il arrive que le génie se manifeste. Ce fut le cas ! J'arrivais à compter les lignes : une verticale, quatre inclinées à gauche, quatre à droite ? oui, c'est bien sûr, j'avais tracé neuf lignes.
Alors la lumière se fit dans mon esprit. Le sol se dérobait sous moi et, tel Moïse recevant les Tables de la Loi, je compris qu'il m'arrivait quelque chose d'exceptionnel : je venais de dessiner un sapin ! Mais celui-là n'avait rien à voir avec le "vulgaire". On n'en ferait jamais un cercueil. On aurait pu me montrer en photo les plus beaux sapins de cette terre, je n'aurais jamais échangé le mien pour l'un d'entre eux, fut-il du Caucase, des Vosges, de Corée ou, mieux encore, sapin de Noël croulant sous les cadeaux.
 
 
LE MIEN ETAIT PLUS VRAI QUE LE VRAI.

 
Vu mon âge, je ne me posais pas la question en ces termes, mais comment un sapin réduit (si j'ose dire) à l'état de symbole pouvait-il avoir plus d'importance que ce qui, pour la plupart d'entre nous, est la REALITE ? Si vous demandez au premier imbécile venu (tiens, il est encore là, celui-là?) ce qu'est un sapin, il vous conduira dans un bois, vous désignera un arbre et vous dira : "Voilà, ça c'est un sapin! . je peux le toucher, tandis que si je touche le tien , c'est la feuille de papier que je touche". Je pourrais lui rétorquer que le papier est fait avec du bois, mais là, ça nous entraînerait trop loin!
 

                                

Le toucher est-il une preuve d'existence ?


Saint Thomas, qui est la référence dans ce domaine, ne voulait pas croire que Jésus était revenu. Jésus lui dit "Regarde la plaie que j'ai au côté". Thomas enfonce sa main dans le creux de la blessure et répond "Maintenant, je te crois".

Il venait de faire l'expérience du vide. Et pourtant il crut. A méditer!

Lorsque le petit prince demande à St Ex de lui dessiner un mouton  et malgré les efforts du célèbre aviateur , c'est lorsque celui-ci dessine une simple caisse que le petit prince s'écrie : "Voilà, c'est comme ça que je le voulais, le mouton".
 

                                               

 

 

Eh bien moi, mon sapin, c'est comme ça que je le voulais (voir image, réalisée avec trucage, l'original ayant disparu durant la guerre).

 

 

                                            

 

 

 

Tant pis si les grandes personnes n'y comprennent rien.
 
 Les grandes personnes, ce sont celles qui disent, par exemple :
 
-    Moi, je vais te dire ...
-    Moi, qui ai fait des études...
-    Moi, qui connais le plus grand, le plus...
-    Moi, qui ai serré la main de tel ou tel personnage plus ou moins célèbre...

-    Moi, qui ai eu l'occasion d'en parler à la télé...
C'est aussi celui qui un jour, lors d'une discussion animée, a sorti : "Dieu, Dieu, d'accord ! et MOI dans tout ça ?" (Je ne crois pas en un dieu révélé, mais tout de même, je trouve qu'il attige, celui-là, non ?).
 
Ici, se pose le douloureux problème de la réalité relative et de la réalité profonde.

Si j'étais né dans un monde d'aveugles et que j'essayais d'expliquer ce qu'est VOIR... Comment faire ? Et les couleurs ?

Imaginez :  Si le monde n'était qu'un songe et qu'un jour on découvre une autre réalité que celle qui nous est familière... Mais ne comptez pas sur moi pour vous donner des réponses, je ne connais que les questions !
 
Un jour, j'expliquais  à un ami que certaines des étoiles que nous voyons briller n'existent plus depuis longtemps. Croyez-moi si vous le voulez, mais il n'a jamais voulu me croire!

Connaissez-vous le langage des oiseaux ? C'était la langue utilisée au moyen-âge par les constructeurs de cathédrales. Les jeux de mots, la phonétique étaient utilisés. Appelée parfois "langue verte" ou "langue des voyous" (= voyants).

 
Exemple : SAPIN représente à la fois l'arbre et l'action de peindre.

Avouez qu'il est bien choisi, mon exemple! (lire à ce sujet "Les demeures philosophales" de Fulcanelli)
 
A propos de Paul Klee, un qui s'y connaissait en symbolisme (et en chats), je crois me souvenir que c'est dans "Théorie de l'Art Moderne" qu'il parle de ce qu'il appelle "le poisson de Colomb" :
Tracez deux lignes courbes une tournée vers le bas et l'autre vers le haut, touillez et vous obtenez un poisson.
 
 
 

              


C''était son mouton, son sapin...
 
Comme c'est une de mes marottes, je reviendrai sur le symbolisme dans l'Art. Mais rassurez-vous, j'en ai d'autres, des marottes ...

 
  
 

 

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