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ENTREZ LIBRES

Publié le par Complik Clé
Publié dans : #Guest Stars
  

Ma muse n’est plus là, elle a du s’enfuir par la fenêtre, ou grimper sur le dos du chat, encore une fois, pour partir en vadrouille avec lui. Encore une fois, elle en a eu marre. C’est dur d’être muse, surtout à notre époque. Elle est jolie, si vous saviez, avec ses petites ailes couleur scarabée. D’habitude elle est là, elle danse sur le clavier de mon ordi, entraînant dans sa ronde mes doigts malhabiles. Parfois elle se pose, sur le bouton volume, inhalant doucement les volutes de mes cigarettes, ou s’enivrant des vapeurs de mon thé, puis elle reprend sa danse, enchaîne la transe et je pars avec elle. Ma muse est ennuyée et ne s’amuse plus. Plus je l’appelle, moins elle répond, capricieuse par nature.
Ca a du la vexer que je réponde au téléphone alors qu’elle était en plein tourbillon créatif. Il faut me comprendre, ma muse, j’attends des nouvelles d’un moment à l’autre pour mon voyage en Italie. Tu sais que c’est important pour moi, et pour toi aussi d’ailleurs. Ce voyage est peut-être une des raisons de ta survie, tu sais. C’est ça qui te fait peur ? Tu crains que je te plante là ? Mais tu es du voyage ma belle, c’est en partie pour toi que je veux partir…

 Enfin, tu vas me dire, elle a bon dos, ta muse, car les muses n’ont besoin d’aucun voyage pour se maintenir en vie. Les plus petits cachots, les plus sombres endroits ont souvent accouché de muses plus impressionnantes que celles des luxueux voyages. Les égarements de l’âme sont pour elles de plus grands tours du monde. Et je suis prétentieux, faible peut être, de vouloir partir pour trouver l’inspiration. Mais j’ai envie, moi, de te faire découvrir ce pays dont je rêve, depuis six ans que j’y suis allé. Ca t’importe peu, mais je veux retoucher ces pierres, revoir ces fresques, respirer à nouveau cet air qui m’inspire tant.

 Tu es jalouse peut être, femme que tu es, qu’un pays ait l’audace de te concurrencer ? N’aie pas peur, ma muse, tu t’y plairas aussi, comme il y a six ans, quand tu n’étais encore qu’une enfant. Tu riras et pleureras avec moi à la vue de ces splendeurs, et si une beauté italienne tente de te détrôner, je saurai  fièrement protéger ma préférée, ne t’inquiète pas. Mais reviens s’il te plaît, parce que là je m’ennuie. Laisse donc un peu ce chat, même si ses yeux répondent plus que les miens à ton idéal esthétique. Ne m’abandonne pas. Pas maintenant ma douce verte. J’ai encore trop besoin de toi. Maintenant plus que jamais. Without you I’m nothing.

 Tu tardes à revenir, je suis habitué. Tu me fais suffisamment de scène quand je te délaisse au profit d’une humaine pour que je comprenne ton retard aujourd’hui, mais s’il te plaît… L’humaine, elle, s’épuisera, se lassera de mes états d’âme, mais toi, toi tu vas revenir, sinon tu ne vis plus. Ca t’embête, hein, de dépendre de moi comme ça… Tu t’y es faite, à la longue, comme un malade se fait  à sa morphine, même si ma comparaison te semble stupide. Allez, reviens… Il nous reste tout à faire et toi tu tardes à venir… Que veux-tu ? Rien, d’habitude. Une larme, un regret ou une joie suffisent à t’appeler d’habitude. Ton silence veut dire que je ne ressens plus rien ? c’est ça? Bon, je vais te mettre de la musique, tu ne résistes guère à ces sirènes, il me semble. Seulement je sais pas trop quoi mettre, moi, pour te faire venir, pour te dire combien tu me manques… Mes goûts musicaux sont variés mais toi tu en préfères certains… Plutôt les voix d’hommes, il me semble. Les hommes étranges et comme moi. J’ai envie de mettre du Bertrand mais j’ai peur que ça me déconcentre trop. Et que ça me fasse pleurer. Je pleure assez en ce moment, de t’avoir perdue, ma belle. Un truc en anglais ça irait mieux, non ? Une chanson qui te correspondrait particulièrement ? Une chanson pour ma muse que je cherche tous les soirs au fond des cendriers ? Ashtray Girl, remixée s’il vous plaît ! Ashtray girl… You know we miss her/ We miss her picture… Ca paraît de circonstance. On mettra l’album entier, après, si tu veux, si tu es là. Je sais que tu as du mal à résister à Brian Molko…
I’ve hold an image of the ashtray girl/of cigarette burns on my chest/I wrote a poem that describe her world/And put our friendship to the test…

A cette chanson se superpose la  mélodie de tes petits pas, qui reviennent de loin, apparemment sans le chat. Enfin, ma muse ! Tu restes sur la terrasse, comme pour me narguer, je te regarde danser. Je sais que c’est  pas parce que tu es sur la terrasse que tu vas rentrer de suite. Tu fais ton petit cinéma de muse, adorable et hypnotisant. Le chat danse un peu avec toi, charmé lui aussi. Et les poussières se figent dans un rayon de soleil pour te faire une auréole.
 Tu danses et tu me rends fou, car j’aimerais que tu rentres maintenant. J’aimerais bien écrire moi, mais sans toi j’ai du mal. Tu dépends de moi comme je dépends de toi, c’est tragique, non ?
 Bon, j’ai mis la chanson en mode « repeat », tu finiras bien par en avoir marre de danser comme une folle comme ça. En attendant je m’en roule une. Je souffle ma première bouffée vers ton joli minois, ça fait voler tes cheveux verts, tu aimes bien ça, non ? Allez… Tu sautilles en riant sans me regarder. Tu es vraiment pénible aujourd’hui ma muse. C’est l’été qui arrive qui te met dans cet état ? A moins que ce soit moi qui t’aie fait fuir à cause de ma mauvaise humeur ? Je suis un goujat ma muse, et tu as raison de le penser. Mais je ne suis goujat qu’avec les humaines, avec toi je suis mieux, non ?
 Allez, reviens… Troisième bouffée, vers le chat cette fois-ci. Dis moi, il serait pas de ton côté, ce traître, à danser avec toi comme ça ? Sacré chat, tu la connais mieux que moi peut-être ? Il louche sur ta tunique scintillante, sans se soucier de la fumée que je lui envoie. Ca y est, tu fatigues, ma muse ? La transe t’a suffisamment ressourcée ? Le chat ne te regarde plus, tu rentres doucement, reconnaissante envers le seul spectateur qu’il te reste. Tu sautilles à mes pieds, grimpes lestement sur mes genoux, avant de venir déposer un baiser sur mon nez… Te voilà revenue ! Tes cils papillonnent et tu glisses sur mon bras avant d’atterrir sur ta piste de danse préférée. Mes doigts sont prêts, ils n’attendent que toi pour commencer la valse. Allons-y ma muse, entraîne-moi vers tes limbes inspirées…
Ma cigarette est finie, le chat se repose. La musique t’hypnotise à nouveau, tu me regardes en riant. Ferme les yeux ma belle, inspire-moi. C’est pas le tout de danser comme une dératée sur de la musique de jeunes, c’est pas le tout de faire la maline. Il va bien falloir à un moment ou un autre que tu t’actives, la transe, ça va un temps, mais il faut en rendre compte, après, de ta transe, sinon ta vie deviendrait bien morne. Tu deviendrais même folle, qui sait ? Tu ne serais pas la première muse à te suicider à cause de l’ennui de son maître. Les plus grandes ont du périr ainsi, celles dont les maître ne se sont pas tués avant.   
 « Maître » est un bien grand mot… Je me trouve plutôt par moments esclave. Esclave de ton bon vouloir. Combien de fois j’étais prêt alors que tu n’étais pas là ? Combien de rendez-vous avons nous manqués, pris tous les deux dans les affres de nos existences respectives ? Combien d’heures ai-je passé, comme un pantin devant mon écran, à attendre que tu prennes mes fils entre tes doigts diaphanes ? Je ne pense pas perdre mon temps, à t’attendre comme ça, en sachant pertinemment que ta venue ne dépend finalement que de moi.
 Le problème, c’est que j’ignore encore aujourd’hui ce qui en moi te fait venir. Je n’ai su encore définir quelle larme, quelle flamme intérieure peut être responsable de ta venue. J’ai cru au début qu’il fallait être triste. Ca, c’est quand j’étais gamin. J’avais l’impression que tu venais quand je pleurais, quand ça n’allait pas, parce que tu arrivais toujours dans les moments les plus maussades. Sauf qu’un jour tu n’es pas venue alors que je vivais la plus grande déchirure de ma vie. Tu m’as laissé seul, y avait plus personne. Je n’ai pas compris sur le moment, ça n’a fait qu’accroître ma mélancolie. Je me suis résigné et j’ai remonté le gouffre, tout seul comme un grand que je ne suis pas.
Après j’ai pensé qu’il fallait être déchiré pour te faire venir. Tout ça parce que t’es revenue, après des mois semblables à des siècles, un soir où j’étais littéralement en transe après avoir consommé diverses drogues. Je crus d’abord à une hallucination puis j’ai rapidement compris que c’était toi qui revenais.

Quelle fête ce soir là ! Je m’étais précipité sur mon clavier et on avait dansé pour nos retrouvailles. Quel meilleur moment que celui où l’on retrouve sa fiancée que l’on croyait morte ? Ensemble on avait rattrapé les nuits perdues et les pages s’étaient enchaînées sans que je comprenne qui menait la danse.        



 Voilà, c’est l’histoire, ou plutôt l’une des histoires, de ma muse. J’ai préféré, par pudeur, faire parler (écrire ?) un homme. Mais bon, c’est quand même à ma muse (quel est le masculin de muse, muson ???) que s’adresse ce texte, je suis sûre que c’est une amie de La muse gueule…



 

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