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ENTREZ LIBRES

Publié le par BMC
Publié dans : #B.M.C.
 
 
Je dédie ce plafond farfelu à Sieglind La Dragonne qui me ferait presque aimer l’opéra…


Cet article commence mal, rassurez-vous il finira bien.

Je n’aime pas beaucoup la peinture de Marc Chagall hormis ses premières œuvres, celles où l’influence du cubisme se faisait encore sentir.

Par la suite “j’accuse” Chagall d’avoir fait du Chagall, en se copiant lui-même, en reprenant sans arrêt, non des thèmes ce qui serait compréhensible, mais des images reproduites presque à l’identique d’un tableau sur l’autre. Souvenez-vous “Les mariés de la tour Eiffel ”(un Chagall que j’aime bien), cette image va devenir récurrente, et si à l’origine c’est une  bonne peinture, le fait de la répéter sans cesse  fait perdre à l’original toute sa valeur. Je n’ai rien contre les œuvres obsessionnelles, mais ici ce n’est pas le cas, c’est de la répétition, ce qui n’est pas la même chose.

Heureusement pour lui, Chagall a eu la chance d’avoir de nombreuses commandes monumentales, ce qui lui a permis d’avoir une très bonne technique sur les très grands formats  qui va l’aider pour la réalisation du plafond.

C’est en 1964 qu’André Malraux, avec le soutien de Georges Pompidou, propose à Marc Chagall de repeindre le plafond de la grande salle de l’Opéra de Paris.

Après de nombreuses hésitations Chagall accepte. On peut comprendre que  l’artiste se soit posé des questions, à 77 ans, peindre une œuvre de 220 mètres carrés n’est pas une petite affaire, monter sur un échafaudage à 20 mètres du sol pour effectuer les retouches, enfin c’est un véritable chantier. Chagall aimait l’argent et le côté financier aura sans doute pesé sur sa décision. D’ailleurs quel peintre aurait pu refuser un travail aussi passionnant (et aussi rémunérateur) ?

La question que l’on peut se poser : À part Chagall, qui aurait bien pu repeindre ce plafond ? Picasso, bien sûr, il a 83 ans, mais ses rapports avec Malraux ne sont pas terribles, c’est le moins que l’on puisse dire (dommage) et à part lui ? Braque est mort depuis un an, on aurait toujours pu lui demander, ça m’étonnerait qu’il soit revenu…( Encore que, le fantôme de l’opéra)…
Dans le genre, Dufy n’aurait pas été mal , mais il y a longtemps qu’il était parti pour un autre ciel.…

Cacher l’ancien plafond n’était sans doute pas une mauvaise chose, peint par Jules Eugène Lenepveu dans le style classique de l’époque (Napoléon III) c’était une horreur (bien entendu ce point de vue n’engage que moi). Que les nostalgiques se rassurent, l’ancien plafond existe toujours, celui de Chagall a été  rajouté en dessous, on peut d’ailleurs  voir la maquette de Lenepveu au Musée d’Orsay.

Tout le monde connaît le style très particulier de l’Opéra Garnier, il ressemble à une énorme pièce montée, extrêmement baroque, il a indéniablement “une forte personnalité”. En 1861 le jeune architecte Charles Garnier, remporte, a la surprise générale le concours d’architecture, il a 39 ans.

À ce propos ,  on raconte l’histoire suivante : L’Impératrice Eugénie qui aurait souhaité que ce soit “son poulain”, Viollet-le-Duc qui ait cette commande, questionne Charles Garnier : “Quel est donc ce style, je ne retrouve ici rien de classique”. Garnier de répondre : “Mais c’est du Napoléon III, c’est ainsi que serait officiellement né le style Napoléon III. L’histoire ne s’arrête pas là, l’empereur prenant Garnier à part lui aurait murmuré : “Ne vous inquiétez pas elle ne connaît rien en architecture”.

En tout cas c’était très bien vu par Malraux d’associer  Chagall à cet énorme gâteau. Grâce à son côté baroque, l’œuvre s’intègre très bien à l’ensemble, elle donne une luminosité, une gaîté que n’avait pas le plafond de Lenepveu. Le monde onirique de Chagall correspond très bien avec les dorures, les miroirs, les “femmes torchères”, tout ce monde en carton-pâte nous fait rêver, et Chagall n’est-il pas le maître du rêve ? L’opéra lui-même n’est-il pas fait pour nous faire rêver ?

En ce qui concerne la composition de l’œuvre, Chagall décide de la “découper” en cinq parties de couleurs différentes. Y figurent telles des constellations sur un planétarium les principaux musiciens.  Berlioz, Wagner, Debussy, Mozart (son musicien préféré), Moussorgski, Rameau, Beethoven, Gluck, Bizet, Ravel, Stravinsky, Verdi. L’ensemble ressemble un peu à une roue de loterie à la Foire du Trône.
La peinture de Chagall est très “aérienne”, les personnages flottent entre deux mondes, il y a un côté angélique. C’est sans doute sa propre vision du paradis qu’il nous fait partager.

Si vous allez à l’Opéra Garnier, essayez d’y être suffisamment tôt, assis dans votre fauteuil prenez le temps de rêvasser en regardant  le plafond de Chagall, et si le lustre de 7,5 tonnes ne se décroche pas pour vous tomber sur la margoulette, vous aurez la chance d’y voir le Lac des Cygnes ou Pulcinella. Ne riez pas cet incident s’est déjà produit le 20 mai 1896, le contrepoids qui retenait le lustre a cédé lors d’une représentation de Faust de Gounod (pas étonnant), le malheureux spectateur qui se trouvait sur le fauteuil n° 13 a été tué sur le coup.

Allez donc voir le plafond de Chagall, mais évitez le fauteuil n° 13 !

Et dire que j’avais dit qu’il finirait bien cet article !

 


 
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Rectificatif : Commentaire de Monsieur Maurice Monge


 

Bonjour,

Je découvre ce blog qui relate l'histoire du nouveau plafond de l'opéra Garnier dit plafond Chagall. Je voudrais apporter quelques éclairages sur des interrogations à propos de l'extraordinaire performance qu'aurait été la réalisation de ces 220 m2 de peinture par un monsieur de 77 ans. En fait Chagall a conçu la maquette et la réalisation effective du plafond a été confiée à un artiste peintre, Roland BIERGE, lequel a été recruté par Malraux et qui a travaillé huit mois aux Gobelins pour peindre les panneaux à taille réelle qu'il avait dessiné à l'échelle. Lui avait l'expérience des très grands formats puisqu'il était chef de l'atelier de décors à la Comédie Française

Tout le dossier concernant cette réalisation peut être consulté à la Bibliothèque de l’Opéra Garnier. D'ailleurs Bierge rapporte que Chagall lui aurait confié :"..Bierge, on trompe son monde..."

Bierge n'était pas un collaborateur de Chagall. Il avait un contrat avec le ministère et il a d'ailleurs recruté deux personnes pour l'assister.




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