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ENTREZ LIBRES

Publié le par BMC
Publié dans : #B.M.C.
 
 
Deuxième partie.
 
  
 
Je n'aime pas les veaux gras primés de concours agricoles; j'aime les vieux loups intraitables.
 
                                                                                               Jean Dubuffet
 
 
Vous aurez sans doute compris en lisant mon premier article sur ce peintre que Dubuffet est, comme je le dis dans le titre, un iconoclaste. Bien entendu il ne l’est pas dans le sens destructeur, il veut simplement bousculer les poncifs de l’Art Moderne.
Dubuffet ne remet pas en cause Cézanne, Picasso et les autres. Ce qu’il nous demande c’est tout simplement de remettre les compteurs à zéro. Que nous dit-il ? Il nous dit : regardez la peinture des enfants, regardez la peinture des aliénés, regardez celle de ceux qui, se retrouvant en prison, n’ayant jamais peint de toute leur vie,  cherchent à s’exprimer par ce moyen. Tell Brassaï il nous demande de nous interroger sur la signification de certains graffitis (voir la tour du prisonnier à Gisors), aujourd’hui des tags.
 
Dubuffet agit comme s’il arrivait sur une planète inconnue. Il regarde tout sans aucun a priori intellectuel. Cela me rappelle la célèbre histoire que vous connaissez peut-être : Alphonse Allais se rend à l’Opéra, il s’installe au poulailler et avant que le spectacle ne commence, il se lève et s’écrie : “Nous ne comprenons pas pourquoi les spectateurs des trois premiers rangs ont eu le droit de venir avec des instruments de musique ?”. Alphonse Allais se comportait un peu à la façon d’un martien qui dit bonjour à une pompe à essence qu’il prend pour un habitant de notre planète (il y a des jours où je me demande s’il y a une différence entre certains êtres humains et une pompe à essence ? Mais c’est une autre histoire).
 
Être libre dans le domaine de la création, c’est avoir un regard neuf sur le monde qui nous entoure, comme si nous le voyons pour la  toute première fois. Avec Dubuffet, l’Art va prendre un bain de Jouvence.
 
Vous l’aurez certainement remarqué, ses premiers travaux vont très vite s’orienter vers des recherches de matières, la composition a relativement peu d’importance, voir “Messe de terre, la série des tables, et presque tout ce qui fait partie de la série des hautes pâtes.
 
Détruire pour reconstruire est sa philosophie, aussi utilisera-t-il toutes sortes de matériaux, cela ira du papier mâché au charbon en passant par tout ce qu’il est possible d’imaginer, la peinture n’étant qu’un élément parmi bien d’autres ; il dessine au stylo à bille ou au feutre, ne se soucie pas de savoir si ses créations passeront l’épreuve du temps. Il ne se refusera rien dans ce domaine, la liberté est son credo.
 
Après ses expériences sur la texture, Dubuffet va ouvrir la voie à des recherches très différentes. Une fois de plus Jean Dubuffet . remet tout en question, il redémarre sur des bases complètement différentes, c’est la période de “l’Hourloupe” Question : ce mot vient-il d’entourloupe ?.
 
À partir de maintenant il ne va plus utiliser que quatre couleurs,  le fond blanc plus trois couleurs : le rouge, le bleu et le noir,( parfois il s’en tiendra au noir et blanc).
De la recherche de matières, il passera à des à-plats de couleur unie. Le côté anecdotique, voire humoristique, va disparaître (sauf dans les titres). Avec cette période vont apparaître les grandes sculptures, il utilise du polyuréthane qu’il découpe avec beaucoup de maestria à l’aide d’un fil chauffé à blanc.
 
Cette nouvelle série va donner naissance à une quantité importante de sculptures monumentales.  Dubuffet est véritablement un artiste complet, on pourrait le comparer à Michel-Ange. En effet il ne se contente pas de faire de la peinture, de la sculpture, maintenant c’est l’architecture qui le “titille”, dans ce domaine, il va réaliser la  Closerie Falbala et la Tour aux figures qui sera implantée dans l’île Saint Germain à Issy-les-Moulineaux. Je reviendrai un peu plus loin sur ses recherches architecturales, mais je souhaite vous parler maintenant de “Coucou Bazar”.


 
Coucou Bazar


 
Avec un nom comme ça, on a envie de rire, et c’est bien le but recherché, dans l’œuvre de Dubuffet l’humour est partout. Jean Dubuffet ne se prend jamais trop au sérieux. Le génial touche-à-tout va maintenant s’intéresser au théâtre, créant quelque chose d’étrange qu’il aurait très bien pu appeler Coucou Bizarre. Il s’agit d’un décor dans lequel évoluent des personnages dont les costumes sont dessinés et peints par le maître, tandis que d’autres personnages “incarcérés” à l’intérieur de ce qu’il nomme des praticables (sculptures habitables) s’intègrent au spectacle.
 
La représentation dure une heure, c’est une suite de tableaux animés qui se succèdent sur une musique de  Ilhan Mimaroglu. Lors de certaines représentations, il intégrera ses expériences musicales dont je vous ai donné un extrait dans mon article précédent.

À ce moment-là aussi Dubuffet nous déstabilise complètement, la question que l’on se pose est : cette œuvre est-elle une peinture (ou sculpture) en mouvement, est-ce du théâtre ou encore autre chose. Bien difficile de répondre…


 
La Closerie Falbala


 
Le mot falbala est issu du provençal et désigne en termes de couture une bande d’étoffes décoratives.
À compter de 1974 et jusqu’à sa mort en 1985, Jean Dubuffet va travailler à la création d’une fondation afin d’y réunir quelques unes des pièces maîtresses de sa collection. Le lieu choisi est Périgny-sur-Yerres en région parisienne, c’est là qu’il a installé ses ateliers. C’est ici qu’il installera la Closerie Falbala.
 
La Closerie Falbala  est  une  immense  sculpture  de  1610  mètres   carré ( impressionnant ! ) à l’intérieur de laquelle se trouve le cabinet Logologique ; l’ensemble a été classé monument historique en 1998. Elle se visite sur rendez-vous, à voir absolument, de quoi rester baba ! (Tel.01. 47. 34. 12. 63).
 
La fondation comporte plus de mille œuvres, peintures, sculptures, maquettes d’architecture, etc.
Dubuffet ne va pas se contenter de sa fondation de Périgny-sur-Yerres, il va créer également une autre fondation à Paris qui se trouve au 137 rue de Sèvres dans le sixième arrondissement.
 
Je ne vous parlerai que très sommairement de la triste histoire de la Régie Renault qui avait commandé un ensemble architectural important à Jean Dubuffet et qui a interrompu subitement la construction de l’ensemble, allant jusqu'à enterrer les premières réalisations. Dubuffet fit un procès qu’il gagna mais refusa de reprendre les travaux. On peut comprendre...
 
La Tour aux Figures
 
Elle fait 24 mètres de haut. Le site avait été décidé en 1985, année de la mort de Jean Dubuffet.
Avant son décès, il aura le temps de rédiger ce qu’il appellera sa “Biographie au pas de course”.
 
Jean Dubuffet est probablement un des artistes qui aura donné le plus d’œuvres à la France.

Voici à tout hasard une liste non exhaustive d’endroits où l’on peut voir ses créations.

Le réséda
 
      Epoxy peint au polyuréthane, hauteur : 6.50 m, réalisé en 1968
      Cour d’honneur de la Caisse des Dépôts et Consignations
      3, quai Anatole France, 75007 Paris

      2 - Bel Costumé
      Epoxy peint au polyuréthane, hauteur : 4 m, réalisé en 1998
      Domaine national des Tuileries, impasse de la Concorde, 75008 Paris

      3 - Jardin d’hiver
      Epoxy peint au polyuréthane, 5 x 10 x 6 m, réalisé en 1969-70
      Musée national d’Art moderne, Centre Georges Pompidou, 19 rue Beaubourg, 75004

      4 - L’accueillant
      Epoxy peint au polyuréthane, hauteur : 6 m, réalisé en 1988
      Hôpital Robert Debré, 48 boulevard Sérurier, 75019 Paris

      5 - Closerie Falbala
      Epoxy et béton projeté peint au polyuréthane, superficie : 1 610 m2 ( 1971 à 1976)
      Fondation Dubuffet, Sente des Vaux, 94520 Périgny-sur-Yerres
 
      6 - L’arbre biplan
      Epoxy peint au polyuréthane, hauteur : 4.70 m, réalisé en 1968-69
      Fondation Dubuffet, Sente des Vaux, 94520 Périgny-sur-Yerres

      7- Chaufferie avec cheminée
      Epoxy peint au polyuréthane, hauteur : 14 m, réalisée en 1996
      Carrefour de la libération, 94400 Vitry-sur-Seine

      8 - Tour aux figures
      Epoxy peint au polyuréthane, hauteur : 24 m, réalisée en 1988
      Parc départemental de l’île Saint-Germain, 92130 Issy-les-moulineaux



 Il y aurait une véritable encyclopédie à écrire sur Dubuffet, bien entendu “Dubuffet, j’ajoute à mon Musée Imaginaire”.



 
 
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