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ENTREZ LIBRES

Publié le par BMC
Publié dans : #B.M.C.
 
Vous me pardonnerez ce monologue à bâtons rompus, après tout c’est encore les vacances, on a bien le droit de se lâcher un peu.
 
Cela fait déjà longtemps que j’avais envie de vous parler du cubisme et de l’importance qu’il a eue sur la peinture d’aujourd’hui (et sur la mienne en particulier). Mais ce sujet est beaucoup trop important pour que j’en reste à de vagues propos. J’y reviendrai plus longuement dans un prochain article (de même pour Les Demoiselles d’Avignon).
On peut dire que le cubisme est né en 1907 avec Les demoiselles d’Avignon de Picasso (ce célèbre tableau aura 100 ans cette année). Pour la petite histoire et pour ceux qui ne le sauraient pas encore, je précise que les demoiselles en question n’étaient pas, comme on aurait tendance à le croire, quelques jeunes filles de bonne famille échappées du Palais des Papes qui se seraient égarées dans l’atelier de Picasso. Plus simplement, c’était les pensionnaires d’une maison close de la rue d’Avignon à Barcelone Picasso semblait avoir ses habitudes.

Le célèbre tableau de Picasso ne peut en aucun cas être assimilé à une œuvre cubiste à 100%. Pourtant le tintouin qu’il fit à l’époque a permis la remise en question de la peinture.
C’est d’ailleurs l’année suivant sa réalisation que le critique et collectionneur Louis Vauxelles parlera de cubes à propos d’une exposition de Georges Braque.

À la suite de cet article, on ne parlera plus que de cubisme.

C’est amusant de constater que c’est souvent des critiques médisants qui par leurs écrits ont donné leurs noms aux écoles de peinture.

Louis Leroy après avoir vu le tableau de Claude Monet “Impression soleil levant” écrit dans Le Charivari : “L’exposition des impressionnistes”. Croyant faire un bon mot il va ainsi donner son nom à cette école.
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Claude Monet - Impression Soleil Levant
 
Lors du Salon d’Automne de 1905, on peut voir un ensemble d’œuvres aux couleurs criardes, elles sont réunies dans une même salle. Signées : Matisse, Derain, Vlaminck, Braque, Dufy, Van Dongen, etc. La critique stupéfaite par ces “bariolages” va parler à propos de cette salle  de la cage aux fauves.”   Même si ce mouvement n’allait durer (dieu merci) que deux ans il s’appellerait dorénavant “Le Fauvisme”.
Mais, si vous le voulez bien revenons à nos chers cubistes. Ils ne font que mettre en pratique les théories de Cézanne : “Traiter la nature à l’aide du cube, du cône, et de la sphère, le tout mis en perspective”.

Les créateurs du cubisme vont être trois. Picasso, Braque et Juan Gris. Comme les mousquetaires, il y a un quatrième larron qu’on ne peut exclure de cette aventure, bien qu’il ne soit pas peintre. C’est Daniel-Henry Kahnweiler, sans lui le cubisme n’aurait sans doute pas existé, et surtout n’aurait pas résisté à toutes les attaques qui furent engagées pour le détruire.
Souvenez-vous la célèbre vente de peintres cubistes organisée à l’hôtel Drouot par Léonce Rosenberg. Cette vente aurait eu pour effet de discréditer la peinture cubiste et faire monter les prix de ses autres peintres. Léonce Rosenberg n’ayant pas les scrupules d’un Kahnweiler avait ajouté à ses Picasso, Braque et Gris, des cubistes de “seconde zone”, Metzinger, Herbin, des peintres qui n’avaient rien à voir avec le cubisme, Ozenfant, Séverini, etc.

Le jour de l’exposition, certains tableaux sont présentés à l’envers, sur certaines toiles, on distingue très nettement des empreintes de chaussures. Un dessin attribué à Braque est signé Picasso.
Léonce Rosenberg entame son laïus de présentation. Georges Braque qui est un excellent boxeur monte sur l’estrade transformée en ring, et casse proprement la gueule à ce pauvre Léonce incapable de se défendre. La légende raconte que par la suite Rosenberg aurait pris des cours de boxe…

Au début du cubisme Braque et Picasso vont se voir pratiquement tous les jours, comparer leur travail sans pour autant se copier. Un néophyte ne verra sans doute pas la différence entre leurs œuvres de l’époque, d’autant qu’elles étaient le plus souvent signées au dos. Mais l’œil exercé d’un véritable amateur verra immédiatement la différence, le côté spontané, dynamique d’un Picasso ne peut être confondu avec la “sérénité” d’un Braque.
 
Juan Gris, qui pourtant habite “Le Bateau Lavoir”, va être, si l’on peut dire, tenu “hors du coup”. Braques refusera systématiquement d’exposer ses tableaux à côté des siens. Quant à Picasso, il a bien trop peur de la concurrence de son compatriote dont il imagine toute la puissance en devenir. À la mort prématurée de Gris, Picasso pleurera des larmes de crocodile, mais sans doute sera-t-il bien content d’être “débarrassé” d’un confrère qui, s’il  avait eu la possibilité de continuer son œuvre, lui aurait sans doute fait de l’ombre. Et ça “Le Maître” ne supportait pas.
Gris n’a jamais pu réaliser de grands tableaux. À ce moment-là, les grands tableaux se négocient très mal. Kahnweiler a une toute petite galerie, très peu de place pour stoker les œuvres. Les petites toiles se vendent moins cher, donc mieux, et comme les peintres cubistes sont le plus souvent la risée du public et la pâture préférée des dessinateurs humoristiques, en dehors de Picasso, ils se vendent très mal.
 
Il faut toute la force de conviction d’un Kahnweiler pour imposer une peinture aussi difficile d’accès (nous sommes dans les années 1900 ).
 
Je vous ai dit tout à l’heure que le cubisme commençait à apparaître dans “Les demoiselles d’Avignon” ; c’est sans doute le premier tableau où l’on voit un nez de profil dans un visage vue de face. C’est ainsi que va naître le cubisme analytique. Un visage sera “plus vrai” s’il est représenté de face, un œil également, un nez sera “plus vrai” si il est représenté de profil. Tout peintre sait qu’il arrive souvent qu’un signe, un symbole sera plus représentatif que l’image “photographique de l’objet lui-même” (pour ceux qui ont lu mon article “Ça peint vert”, j’ai déjà donné quelques explications). Le cubisme analytique n’est ni une peinture géométrique, ni une peinture décorative. Parler de peinture décorative est sans doute la pire insulte que l’on puisse faire à un peintre digne de ce nom. Dans une peinture cubiste l’espace prend une autre dimension, les notions de perspectives disparaissent. Le peintre cubiste ne va plus peindre ce qu’il voit mais plutôt ce qu’il connaît. C’est probablement cette recherche qui va amener l’artiste à coller l’objet directement sur la toile : journaux, allumettes, papier peint etc. La couleur elle-même disparaît. Ce n’est pas pour rien que  José Victoriano Carmelo Carlos González-Pérez a décider de s’appeler Juan Gris. Avec le temps, sa peinture “prendra de la couleur” bien que le gris soit toujours resté sa couleur préférée.
 
Vous l’aurez sans doute compris le cubisme analytique nécessite une grande rigueur ; très vite les peintres vont s’en libérer progressivement  pour passer à ce que par la suite on appellera le “cubisme synthétique”.
 
Sans oublier les leçons des premiers tableaux, on va “se laisser aller”. Les recherches purement picturales y auront leur place. Les Maîtres (Picasso, Gris, Braque auquel on peut ajouter, “à la rigueur” Fernand Léger) arrivent très vite à une quintessence de leur art, c’est probablement de cette époque que datent les plus beaux tableaux cubistes.


Beaucoup de peintres on été abusivement rattachés au cubisme, je vais sans doute me faire des ennemis en citant des noms (je crois que je vais aller prendre des cours de boxe pour pouvoir me défendre).

Georges Braque, toujours lui disait : “Ceux qui vont de l’avant tournent le dos aux suiveurs”.

Non je n’associerai jamais au cubisme :

Metzinguer, Albert Gleize, Auguste herbin (qui fut par la suite un bien meilleur peintre abstrait), Roger de la Fresnay, Marcousis (qui fit de beaux tableaux, mais trop tard) , Survage, Larionov. Certains citeront Vlaminck, ou  Derain.  Et ne parlons pas de ceux qui ont sur les cendres du cubisme voulu recréer une nouvelle école, “Orphisme”, ou autres.
 
 
Je sais bien qu’aujourd’hui il est de bon ton de ne dire du mal de personne. Des fois qu’on passe à côté du génie méconnu, chez les critiques, les collectionneurs et les conservateurs, c’est la loi du silence.

Au début de la peinture dite “moderne” certains sont passés sans voir les grands artistes de leur temps.


Aujourd’hui la peur est si grande de passer “à côté” qu’on finit par accepter TOUT et n’importe quoi (les Musées d’art contemporain auront bientôt de quoi remplir leurs caves).

Autrefois n’entrait au musée qu’un artiste qui avait au moins cinquante ans d’expérience derrière lui. Ce n’est plus le cas de nos jours. Je suis sans doute un des rares à le regretter.

Pardonnez-moi d’invoquer un fait personnel. Lorsque j’étais encore un jeune peintre (c’était il y a fort longtemps), si je montrais mes peintures, on me répondait quelque chose du genre : “C’est très prometteur, ( les gens sont généralement polis), mais aujourd’hui, poursuivaient-ils, un peintre n’est crédible que s’il a derrière lui quelques dizaines d’annéesd’expérience”. Et moi bêtement je les ai crus. J’ai attendu, et lorsque je suis venu les revoir, quelques dizaines d’années plus tard, il m’a été répondu : “Aujourd’hui les vieux peintres n’intéressent plus personne, la mode est aux jeunes”.

Alors dans le silence de mon atelier, au fin fond de ma campagne, j’ai continué à peindre accumulant mes “œuvres” jusque dans la cave, n’ayant plus de place ailleurs.
Aujourd’hui où l’on retrouve le moindre criminel à des milliers de kilomètres à la ronde, comment se fait-il que l’on ne retrouve pas un peintre, qui, s’il n’est peut-être pas le grand peintre de demain, a le mérite d’être un peintre sincère qui a consacré toute sa vie à perfectionner ce qu’il pensait être son œuvre.
 
 
BMC - Les Hommaginaires - D.H. Kahnweiler
 
Richard, si tu nous lis souviens-toi de ce que tu m’avais prédit : “ †oi, ta peinture tu en vivras quand tu seras mort”.

Même ça, ce ne serait peut-être pas si mal….
 
 
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