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ENTREZ LIBRES

Publié le par BMC
Publié dans : #B.M.C.

 

Paul Rebeyrolle

 

 

« Rebeyrolle s’est mis tout entier dans ses toiles, alacrité et horreur, poésie, contestation : pour lui, cette fois, la peinture a été tout, lui-même et le monde. Que fera-t-il à présent ? Il n’en sait rien. Ce qui est sûr, il le dit et je le crois : il ne reviendra jamais plus en arrière. Il ne peindra donc que des toiles de colère ? Non, il y a encore des arbres dans les châtaigneraies du Limousin, des truites dans les torrents ; partout, sur terre, il y a des couples qui font l’amour ».

 

                                               Jean-Paul Sartre.

 

 

« Rebeyrolle a trouvé le moyen de faire passer d’un seul geste la force de peindre dans la vibration de la peinture. »

 

                                               Michel Foucault.

 

    Il est né le 3 novembre 1926, à Eymouthiers dans la Haute-Vienne.

    Dès l’âge de cinq ans, le petit Paul est  atteint d’une tuberculose osseuse qui nécessite  une immobilité totale. Il va passer toute sa jeunesse avec une minerve plâtrée.

 

    Ses parents, tous deux instituteurs, se chargent de son instruction. Comme Paul ne peut ni jouer ni se promener, il va passer le plus clair de son temps à dessiner.

 

    C’est seulement à compter de 1935 (il a neuf ans), qu’il pourra enfin utiliser une « minerve de marche » qui lui permettra de sortir. C’est probablement à cette découverte tardive qu’il doit son amour de la nature. Paul découvre le monde, il dessine de plus en plus, il sait maintenant qu’il sera peintre.

 

    En 1937, Les parents de Paul sont mutés à Limoges. C’est donc au Lycée Gay-Lussac qu’il fera ses études secondaires.

    

    En 1944, en juillet il passe son bac philo ; dès le mois d’octobre de la même année, il monte dans « le premier train de la libération », direction Paris.

    

    À peine arrivé, il se dirige tout droit vers « La Grande Chaumière » ( c’était une Académie libre -qu’il quittera très vite). En chemin, passant par le Boulevard Raspail, chez Kaganovitch, il voit, comme il l’écrira plus tard pour la première fois, un « vrai tableau ». C’était un Rouault, j’ai cru m’évanouir, dira-t-il.

 

    Il va habiter la célèbre Ruche et, pour vivre, fera ce qu’il est convenu d’appeler des petits boulots.

 

    À Paris, il va découvrir certains peintres qui le marqueront à vie : Soutine qu’il considérera comme son maître, à la Galerie de France -  Picasso au Salon d’Automne.

 

    En 1947, le Louvre rouvre ses portes. Vous n’avez sans doute pas connu cette époque bénie où les musées étaient gratuits le dimanche (et où il n’y avait pratiquement jamais personne, hormis les gardiens).

 

    Paul passe tous ses dimanches au Louvre, il y découvre tous les Grands de la peinture. Je ne vais pas vous faire la liste !

 

    Paul n’est pas du genre à apprendre la peinture dans une école, il fréquente les salons, les musées. C’est en autodidacte qu’il va travailler (malgré son court passage à La Grande Chaumière). Pour lui la liberté n’a pas de prix, il n’est pas prêt à se soumettre aux enseignements d’un maître.

 

    Paul travaille de plus en plus, faisant la navette entre Paris et Eymouthiers où il a aussi un atelier.

 

    1950, Voyages d’étude en Italie et en Espagne.

    

    La même année Rebeyrolle reçoit le prix de la Jeune Peinture ; cela provoque un tollé, c’est la guerre entre abstrait et figuratif, beaucoup de critiques auraient aimé voir décerner ce prix à un peintre non-figuratif.

    

    C’est dès 1953 que naîtra son engagement politique : nous sommes en pleine guerre froide ; pour marquer son opposition il adhère au Parti Communiste.

 

    Bien entendu Rebeyrolle n’a jamais cautionné le « Réalisme Soviétique », défendu (allez donc savoir pourquoi) par Aragon dans « Les Lettres Françaises », mais c’est une autre bataille qui le conduira à rejeter la peinture « abstraite ». Comme son contemporain Bernard Lorjou (un autre révolté), il repoussera en bloc la peinture non-figurative et ne se privera pas de le faire savoir. Pourtant plus tard il deviendra ami avec Jean-Paul Riopelle…

 

    Il quittera le Parti Communiste en 1956 au moment des événements de Hongrie. Il ne supportera pas non plus l’attitude des communistes face à la guerre d’Algérie.

 

    1959, Le peintre B.M.C. découvre pour la première fois Paul Rebeyrolle, par le monumental tableau de 14 m 34  sur 4 m 20 « Planchemouton », (c’est le nom de la grange d’Eymoutiers où il a peint le tableau), c’est là que j’ai compris ce qu’avait ressenti Reyberolle face à « son premier Rouault ».

 

    À partir de 1960, Paul Rebeyrolle va exposer un peu partout, Salon de Mai, Biennale de Paris, etc…

 

    En 1963, il quitte Paris pour s’installer définitivement à la campagne, d’abord dans l’Aude puis à Boudreville en Côte d’Or.

 

    A titre indicatif, voici les noms des séries qu’il va peindre. Ils sont suffisamment éloquents pour qu’il n’y ait pas besoin de commentaires.

 

        1968  "Guérilleros".

        1970  "Coexistences".

        1972  "Les Prisonniers".

        1973  "Faillite de la science bourgeoise".

        1975  "Natures mortes et pouvoir".

        1980  "Les évasions manquées".

        1983  "Le Sac de Madame Tellickdjian".

        1984  "On dit qu'ils ont la rage".

        1986  "Germinal".

        1987  "Au royaume des aveugles".

        1990  "Les Panthéons".

        1993 "Splendeurs de la vérité".

        1997 "Le Monétarisme".

        2000 "Clônes".

        2003 "Clônes et Autophages".

 

    D’autres thèmes alterneront avec les sujets politiques, « suicides », des paysages, des animaux (chiens, sangliers, volailles etc …), Bacchus (son Dieu !…).

 

    Toute sa vie Rebeyrolle va se révolter contre l’injustice et l’intolérance ; il sera toujours pour moi, avec Picasso et Bacon un des meilleurs peintres de cette fin de siècle. Un peintre témoin de son temps.

    Bien que son art fût reconnu par les spécialistes, il a été ignoré du grand public jusqu’à sa mort. Pourtant de nombreuses expositions de ses œuvres eurent lieu, il est vrai un peu tard, à la Galerie Maeght, chez Daniel Templon, Galerie Stadler, une grande expo au Grand Palais et surtout, de son vivant, une rétrospective à la Fondation Maeght de Saint-Paul-de-Vence.

 

    Sa peinture est très « française » d’esprit, sans doute est-ce pour cela qu’à l’étranger il n’a pas beaucoup de succès, en particulier en Amérique. Sans doute aussi le côté révolutionnaire ne plait-il pas trop. La rage, la révolte transpirent dans chacune de ses œuvres.

 

    Rebeyrolle intègre à ses œuvres divers matériaux, grillage, planches, paille, journaux, chiffons, crins et bien d’autres choses encore. Sa peinture est inclassable. Certes, si elle se veut toujours figurative, il y a parfois certains dérapages vers l’abstraction. J’ai envie de faire la comparaison avec un autre peintre qui m’est très cher Anselme Kiefer.

 

    Grâce à  la générosité de l’artiste, sera créé l’Espace Paul Rebeyrolle, il se trouve à Eymoutiers. C’est l’architecte Olivier Chaslin qui en sera le maître d’œuvre. Dans ce superbe lieu sont exposées une quarantaine de toiles importantes, dont « Planchemouton ». Le tout complété de quelques très belles sculptures. Le centre est inauguré en 1995.

 

    Aura-t-il fallu attendre que Paul Rebeyrolle nous quitte pour que sa peinture soit reconnue à sa juste valeur ?

 

    Rongé par la maladie et l’alcool, le vieil ours est mort à 78 ans, le 7 février 2005 à Boudreville en Bourgogne où il avait toujours son atelier. Ces cendres ont été dispersées dans le ruisseau de Planchemouton à Eymoutiers.

 

 

 

    Images Paul Rebeyrolle sur Google

 

 

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