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ENTREZ LIBRES

Publié le par BMC
Publié dans : #B.M.C.
 
 
De la série “Les Hommaginaires” Pablo et Lump par BMC
 

« La peinture n'est pas faite pour décorer les appartements. C'est un instrument de guerre offensif et défensif contre l'ennemi. »
 
Pablo Picasso                         
 
Le 26 avril 1937, le général Franco demande à l’aviation  nazie d’intervenir sur la ville de Guernica. C’est jour de marché, tout le monde est en ville.  La légion Condor qui est chargée de ce « travail » commence l’attaque à 16h 30, d’abord des bombes explosives, ensuite à la mitrailleuse et comme bouquet final 50 tonnes de bombes incendiaires. Vers 19h45 les avions quittent la ville dont il ne reste plus rien. 70% des constructions sont en flammes. Dans un rayon de 10 kilomètres alentour tout est anéanti. On comptera 1600 morts (certains journaux parleront de 3.000), des milliers de blessés. Il n’y a plus aucun moyen de secours, la ville et ses environs sont rayés de la carte, les survivants laissés à leur triste sort.
 
Le monde est scandalisé. Ce bombardement est d’autant plus terrible que c’est le premier raid de l’aviation moderne sur une ville totalement démunie de défenses.
On comprend facilement que Picasso, comme la plupart des intellectuels de l’époque, ait été bouleversé par cet horrible carnage. Naturellement il prend parti contre le général Franco et se range au côté des républicains.
 
Dès 1936, bien avant le tristement célèbre massacre, Picasso avait commencé un nombre important d’études dans le but de réaliser un grand tableau, symbolisant  son rejet de la guerre d’Espagne. Voici ce qu’écrira par la suite le peintre à ce propos : « La guerre d'Espagne est la bataille de la réaction contre le peuple, contre la liberté. Toute ma vie d'artiste n'a été qu'une lutte continuelle contre la réaction et la mort de l'art. Dans le panneau auquel je travaille et que j'appellerai "Guernica" et dans toutes mes oeuvres récentes, j'exprime clairement mon horreur de la caste militaire qui a fait sombrer l'Espagne dans un océan de douleur et de mort. »
 
Comme le tableau qu’il va réaliser symbolise la mort, le deuil du peuple espagnol et compte tenu de la gravité du sujet Picasso, décide d’utiliser un camaïeu de noir et blanc avec quelques nuances de gris très légèrement coloré.
La dimension de l’œuvre doit forcément attirer l’attention : 7mètres 82 sur 3mètres 51. Le même tableau en petit format serait très certainement passé inaperçu.
 
 
L’engagement du peintre est total ; son travail doit être un témoignage : l’œuvre sera présentée au pavillon espagnol de l’Exposition Universelle qui débute en juillet 1937. Vu le nombre de visiteurs qui vont la voir, c’est l’occasion idéale pour exprimer son horreur de la guerre en général, et de celle d’Espagne en particulier.  Voici encore une fois ce que dira l’artiste :  « J'ai toujours cru et crois que les artistes qui vivent et travaillent selon des valeurs spirituelles ne peuvent et ne doivent pas demeurer indifférents au conflit dans lequel les plus hautes valeurs de l'humanité et de la civilisation sont en jeu. »
 
 
On peut difficilement parler de Picasso sans lui  associer Dora Maar qui au moment de la réalisation de Guernica avait une très forte influence sur Pablo. Très cultivée, passionnée d’art moderne, excellent photographe, parlant couramment l’espagnol, excentrique, s’adonnant parfois à des automutilations, elle fut sa compagne de 1935 jusqu’en 1943 . Il fit d’elle de nombreux portraits, dont les célèbres femmes qui pleurent. Dora sera sans doute une des femmes, avec Françoise Gilot, qui auront le plus  marqué Picasso. Mais Picasso et ses femmes, c’est une autre histoire. L’illustre macho, au dire de certains, se serait fait aider par Dora. Si c’est vrai le secret a été bien gardé, Picasso n’a jamais rien dit à ce sujet. Dora Maar nous a quittée en 1997, elle vivait misérablement entourée de quelques uns  des plus beaux tableaux de Picasso.


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Dora Maar
 
Il est dommage que Dora Maar ne soit connue que comme la Muse de l’artiste alors même qu’elle était comme je l’ai déjà dit un excellent photographe, mais aussi peintre de talent. Picasso a éclipsé son image, comme il avait l’habitude de le faire avec ceux qui lui faisaient de l’ombre.
 
Picasso avait fait de nombreuses esquisses en vue de la réalisation de Guernica, on en connaît 45. C’est dire l’importance qu’il attachait à cette œuvre.
 
Cette toile comporte un message émotionnel auquel personne ne peut rester indifférent, elle représente l’horreur de la guerre d’Espagne, mais aussi l’horreur de la guerre en général. C’est également une prémonition des années qui vont suivre.
 
On peut, et certains  ne vont pas s’en priver, parler de la signification symbolique des différents éléments du tableau. Il y a ceux qui sont issus de la corrida, le taureau, le cheval éventré, (monsieur Hayral n’avait pas encore inventé le caparaçon). Et aussi :  le personnage qui tient un glaive cassé, la femme qui montre son enfant mort et qui implore le ciel. La lumière apparaît sous deux formes différentes : une main tient une lampe à pétrole comme pour se frayer un chemin dans les ténèbres. Une ampoule électrique rappelle que ce tableau a été parfois  peint durant la nuit. Plus tard Francis Bacon, qui a été très influencé par Picasso, fera apparaître cette ampoule dans de nombreuses peintures.

Face à Guernica on a sans doute un mouvement de recul, d’effroi, la barbarie est là et l’on a peur. Puis vient la fascination, sans savoir pourquoi on reste, hypnotisé, le piège a fonctionné, on n’en sortira pas indemne.

Dans le pire des mondes, même en enfer, il y a toujours quelque part une issue. Au milieu de toute cette horreur juste au-dessus de la main qui tient le glaive cassé, se trouve une petite fleur. J’ai plaisir à penser qu’elle a été déposée là par Dora La Muse.

Je n’insisterai pas sur le côté symbolique de l’œuvre puisque Picasso lui-même n’en parlait pas. Il est vrai que le tableau se suffit à lui-même et que tout commentaire est superflu.

En 1938, deux officiers allemands qui s’intéressent au travail de Picasso visitent son atelier.

Regardant Guernica :
« C’est vous qui avez fait ça »
 Picasso :
« Non, c’est vous »

Durant toute sa vie Picasso refusa de vendre ce qui à juste titre était considéré comme son chef-d’œuvre ; il fut d’abord prêté au Musée d’Art Moderne de New York, en attendant que l’Espagne retrouve la démocratie. Après la mort de Franco, selon le vœu de son auteur le tableau fut donné à l’Espagne. On peut le voir à Madrid.
 
En 1985 une reproduction de Guernica fut installée au Palais de l’ONU. Le 5 février 2003, tandis que Collin Powel et John Negroponte essayent en vain de trouver des appuis à la guerre d’Irak, la reproduction est symboliquement recouverte d’un voile bleu…
 
 
 
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