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ENTREZ LIBRES

Publié le par BMC
Publié dans : #B.M.C.




 
« La peinture est pour moi le moyen d'oublier la vie. »
                                            Georges Rouault.


 
Le 27 mai 1871, le canon de la commune gronde. Réfugié dans une cave  Madame Rouault, à la lueur d’un soupirail donne le jour au petit Georges. La scène se passe à Belleville c’est là que Georges  passe son enfance. C'est un quartier très populaire où résident principalement des ouvriers et des artisans. Son père ébéniste  travaille chez Pleyel comme vernisseur de pianos. C'est sans doute de lui que Georges va tenir cet amour du travail bien fait.

Probablement Georges est très marqué par son enfance, le quartier est plutôt misérable, les gens qu'il croise sont pour la plupart très pauvres. Enfin, vous avez compris, si je m'appelais Zola, j'aurais  pu vous décrire tout cela bien mieux. Gervaise n’habite certainement pas très loin. Déjà  tous les passants qu'il rencontre ont des visages de clowns, de suppliciés. Ciel gris, murs gris, matières grises, c'est mal barré pour le petit Georges !

Voici ce qu'il écrit plus tard dans une lettre à André Suarès : « Je crois [...], au milieu des massacres, des incendies et des épouvantements, avoir, de la cave où je suis né, gardé dans les yeux et dans l’esprit la matière fugitive que le bon feu fixe et incruste »

Après une enfance de cette veine comment s'étonner qu'il trouve son inspiration dans un certain misérabilisme, qu'il peigne les pauvres, les humbles, les saltimbanques, tous les exclus de la société, et plus tard, après sa "conversion", toutes les images de la passion de Jésus.
C'est probablement déjà l'homme révolté qui s'éveille en lui, « l'homme du Miserere. »

À 14 ans, Georges devient apprenti chez un peintre verrier. Encouragé par son grand-père maternel, il va s'initier petit à petit à la peinture et découvrir Courbet, Manet, Daumier, Forain. En 1890, il  s'inscrit à l'école des beaux-Arts, où il va devenir l'élève de Gustave Moreau. On ne dira jamais assez à quel point Gustave Moreau a été un bon pédagogue ; ce n'est ni Matisse, ni Rouault qui me contrediront. Il faut bien dire que Georges Rouault sera très vite l’élève favori de Gustave Moreau, à tel point que par la suite c’est lui qui deviendra le premier conservateur de son Musée.

À cette époque, pour un élève des Beaux-Arts, le Prix de Rome est une sorte de consécration, qui de plus, comme son nom l’indique, permet d’obtenir une bourse d’un an d’études à la villa Médicis. On comprend que le jeune Georges souhaitait avoir ce prix.  Il se présentera deux fois et deux fois se fera « étaler » ; la deuxième fois  à 23 ans, il est pressenti pour ce titre, c’est le peintre Léon Bonnat, à l’époque très connu  (et Dieu merci bien oublié depuis) qui va imposer son veto. A la suite de cela,  Gustave Moreau lui conseille de quitter l’école et de peindre en indépendant, ce qu’il s’empresse de faire.

Dégagé des « carcans » de la célèbre école, Rouault se libère. Gustave Moreau continue de le guider tout en l’aidant à  affirmer sa personnalité.

Georges Rouault qui avait été baptisé mais n’avait reçu aucune éducation religieuse ressent, comme on dit, l’appel de la foi. À 24 ans, il décide de faire sa première Communion.

En 1898, Gustave Moreau meurt d’un cancer. Extrêmement affecté par la mort de son maître, Georges Rouault dont la famille s’est expatriée en Algérie, se retrouve seul. C’est « la grosse déprime » et cela va durer presque cinq ans. En 1902, il est déprimé, malade, en pleine crise, le moral au plus bas. Il part en convalescence à Evian. Miracle de l’altitude, miracle de l’eau ou miracle tout court, Georges rentre à Paris transformé, il se remet à peindre frénétiquement.

De retour à Paris, il découvre dans la bibliothèque de Gustave Moreau des ouvrages de Léon Bloy ; le côté polémiste de Léon Bloy le séduit, lui qui vient de découvrir la religion catholique est déjà révolté contre l’hypocrisie de certains bourgeois bien pensants, l’homme révolté à nouveau se réveille.

Georges Rouault découvre les écrivains catholiques, Huysmans, Léon  Bloy, Charles Péguy. En 1901, alors qu’il est en pleine déprime, Rouault rejoint un groupe d’intellectuels à l’abbaye de Ligugé. Huysmans envisage d’y créer une communauté d’artistes catholiques. Considérant que l’Art religieux est en pleine décadence, le mouvement est censé réagir face à cet état de fait. La loi Waldeck-Rousseau contre les associations vient d’être  votée, aussi l’association est-elle dissoute. Rouault rentre à Paris et se remet au travail. En 1904 Rouault rencontrera Léon Bloy, cette rencontre comptera beaucoup pour lui.

Georges Rouault se souviendra toute sa vie de ce que lui  a dit son maître : « l’Art n’est pas la copie de la nature, mais il donne à l’artiste la possibilité de s’exprimer ».
 
Fin de la première partie, à suivre… si vous le voulez bien.
 
 
 
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