bmc.constans@free.fr

ENTREZ LIBRES

Publié le par BMC
Publié dans : #B.M.C.


 
L'art de se faire estamper (1)


Vous connaissez tous l’expression “se faire estamper”… vous allez voir à quel point elle est justifiée ! 

En préambule, je tiens à préciser pour le neophyte, que l’on qualifie généralement  d’estampe ou de gravure toute œuvre multiple imprimée sur papier, à condition que ce ne soit pas par un procédé mécanique : imprimerie offset, photocopie, etc…
Il existe un grand nombre de techniques allant de la lithographie à l’eau-forte en passant par l’aquateinte ou la sérigraphie – et bien d’autres encore, nous y reviendrons plus en détails..

Une amie me dit un jour “Je viens d’acheter une lithographie originale de Salvador Dali – elle est super-géniale,  numérotée 15 sur 250 exemplaires et, bien entendu, signée par l’artiste. Bien sûr, je l’ai payée un peu cher, mais ça valait le coup, non ? Qu’en penses-tu?”


Je savais qu’elle avait cassé sa tirelire pour effectuer cet achat – par délicatesse, je n’ai rien dit ! Pourtant, il faut vous dire que pour un amateur d’estampes, la simple signature de Salvador Dali mérite un large détour…

Ce n’est un mystète pour personne : Salvador Dali vouait un véritable culte à l’argent, qui arrivait continuellement sur ses comptes “comme une colique” (c’est lui qui le disait…). Ce n’est pas pour rien non plus qu’André Breton avait transformé le nom de Salvador Dali en Avida Dollars… Bref, Dali voulait de l’argent et savait que ses œuvres multiples allaient lui en rapporter beaucoup. Je passe sur les détails; si vous le désirez je vous raconterai sa vie… enfin, si vous insistez !
 
Vers la fin, Dali, qui avait été un admirateur d’Hitler,  habitait – ce n’était sans doute pas un hasard – à l’hôtel Meurice, qui comme chacun sait était le siège de la Kommandantur, de sinistre mémoire. Peut-être même la suite qu’il occupait était-elle celle où Von Choltitz reçut le célèbre coup de téléphone “Paris brûle-t-il?”.

Mais revenons à nos moutons, Dali est dans ses appartements, spécialement décorés par le maître. Entre autres “bricoles”, il y a un schopper le long du mur (à tout hasard, pour ceux qui ne le sauraient pas, c’est une moto transformée à roue avant “tirée”).
On frappe à la porte : “Maître, ce sont les papiers”. Et voilà que l’on dépose des feuilles de papier immaculées et visiblement de très bonne qualité.
Et Dali, gesticulant comme il en a l’habitude, de signer une à une les fameuses feuilles… Et, à chaque fois qu’il signe, “ting” – c’est le timbre de la caisse enregistreuse qui résonne…
Il y a déjà longtemps que Dali ne peint plus. Il passe son temps à contempler sa “colique”.

Et maintenant, voici l’histoire qui se raconte :

Un “artiste” – bien qu’aujourd’hui tout le monde connaisse son identité, je préfère utiliser ce terme –, un “artiste” donc va, en s’inspirant des anciennes œuvres du Maître, en créer de nouvelles. Qui, bien entendu, seront imprimées sur les fameuses feuilles déjà signées…
Par la suite, les héritiers n’auront aucun scrupule à dire qu’il s’agissait bien d’œuvres originales, puisque signées de la main du Maître…

Sans doute allez-vous penser que j’exagère… Attendez la suite, nous ne sommes qu’au début de l’histoire !

Maintenant, notre artiste a préparé  sa pierre (je passe sur les détails techniques). L’éditeur va commencer l’impression. Il est d’usage, en fonction du tirage prévu, que 10% des tirages soient marqués “épreuve d’artiste”, ou E.A. ou H.C.
Donc, sur un tirage à 250 exemplaires, il devrait y avoir théoriquement 25 épreuves d’artiste. Mais une fois vendus, qui ira les compter ? vous ? moi ?..
Alors pourquoi ne pas en faire 40… 50… allez, disons 50 en plus des 250 prévus…
 
Le prmier tirage est maintenant terminé (300 exemplaires). Vous ne pensez tout de même pas qu’on va en rester là… Non, un deuxième tirage, qui, lui, sera numéroté en chiffres romains (!), donc, 300 +300=600.
Les deux premiers tirages étaient sur papier d’arches..on va en faire deux autres sur vélin : 600+600=1200.
Encore deux sur papier japon : 1200+600=1800.
Encore deux sur papier vergé : 1800+600= 2400.
Encore deux sur papier japon nacré : 2400+600=3000.

Arrêtons-nous là pour le papier. Encore que….
Les premiers exemplaires avaient un fond bleu. 3000 épreuves sur fond bleu .. eh bien, pourquoi s’arrêter là … on repart pour une série de 3000 sur fond jaune !
3000+3000=6000.
Et encore 3000 avec un fond gris : 6000+3000=9000.
J’arrête ici, bien que…

Que disait-elle, mon amie ? “Tu as vu ma gravure, il n’en existe que 250 exemplaires..”

En 1960, du vivant de l’artiste (mort en 1989), la douane a saisi des milliers de feuilles signées par Dali, qui franchissaient la frontière espagnole… Combien sont passées ?...

Si je vous ai raconté cette histoire, c’est simplement dans l’espoir de vous rendre prudent le jour où vous achetez une gravure.Sachez tout de même que la grande majorité des artistes est honnête… mais les marchands, eux, parfois beaucoup moins…

 
Au fait,1200 € x 9000 gravures… ça fait combien ?
 
10.800.000,00 €
 
 
Liens sur ce blog
 
 
 
  
 
                   
Lien image
 
 
$$$$$$$
 
.

tRADUCTION DANS TOUTES LES LANGUES

Hébergé par Overblog