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ENTREZ LIBRES

Publié le par BMC
Publié dans : #B.M.C.

Henri Rousseau dit "Le Douanier"  

 

La différence n’est pas facile à faire pour le néophyte.
L’art naïf, comme l’art brut, est pratiqué par des personnes dépourvues de toute culture artistique et ne connaissant généralement rien – ou presque – à la technique. Ils ignorent tout des canons de l’Art, de même qu’ils ne tiennent aucun compte des modes.
Aussi bien les uns que les autres trouveront un style et une technique particulière qu’ils utiliseront toute leur vie, ne cherchant que rarement à l’améliorer.
 
L’art naïf est un art populaire. C’est un art d’imagier. Il est spontané. Sans doute a-t-il quelque chose à voir avec l’art des enfants. Il est généralement pratiqué par des “gentils”: il a presque toujours un côté ingénu. C’est souvent la peinture du bonheur, parfois un peu gnan-gnan, surtout chez les faux-naïfs (ça existe !). Le plus souvent, le naïf raconte une histoire, son œuvre est presque toujours anecdotique.
En voici pour preuve quelques titres =

De Henri Rousseau, dit “le douanier Rousseau” :
- La bohémienne endormie
- La cariole du père Juniet
- Le repas du lion


De André Beauchant :
- Saint Martin prêchant dans les forêts de Touraine
- Le char d’Appolon
- Bonjour grand-père
 
etc…

L’art naïf  raconte la vie, souvent il l’enjolive. Les couleurs utilisées sont franches et pures.
 
Même si un naïf, comme le douanier Rousseau, peint la guerre, on se dit que dans ce monde-là il ne peut rien nous arriver … et on signe pour deux ans de légion (non, je déconne !).
Le peintre naïf ne cherche pas à innover. Il peint généralement de manière traditionnelle, sur toile et à l’huile. Les astrologues diraient qu’il a un côté Vierge.


Celui qui pratique l’art brut est probablement l’antithèse du naïf. A sa façon, c’est un anarchiste. Très loin des idées reçues, il fait ce que bon lui semble. Il n’a ni règles, ni principes. Il va, pour s’exprimer, utiliser les matériaux qui lui tombent sous la main, n’importe quelle peinture, etc…
 
Ne pas confondre avec celui qui pratique l’art pauvre et qui va VOLONTAIREMENT choisir des matériaux simples.
Ceux qui pratiquent l’art brut sont souvent des personnes rejetées par la société. On les trouve souvent chez les aliénés, les prisonniers, tous les renégats de la société. Il y a chez eux un côté autiste; ils vivent dans leur monde.
L’art brut, plus que tout autre (sauf peut-être le surréalisme) est l’expression de l’inconscient. Les scientifiques parlent d’art psychopathologique. Ce sont souvent des psychiatres qui découvrent ces artiste (voir le cas d’Aloïse).

 

 

 

 Art brut - Aloïse Corbaz - dite: Aloïse

 

 
L’art brut a souvent un côté obsessionnel, répétitif, encore une fois le côté autiste.
Le peintre “brut” peint l’ombre de la chose plus que la chose elle-même (les Egyptiens disaient “le divin dedans des choses”).
L’art brut est une expression spontanée. L’artiste qui le pratique commence souvent son œuvre à un âge avancé; il découvre qu’il peut enfin exprimer “tout ce qu’il a sur la patate”.
C’est l’art des révoltés, des mediums, des illuminés. L’artiste crée par une énorme pulsion qui va jusqu’à l’illumination.

 

 

 

 

  Abbé Fouéré - Rochers sculptés

 



Les graffitis – ceux de la tour du prisonnier à Gisors, par exemple – peuvent être assimilés à de l’art brut. L’école des graffitistes (voir Jean-Michel Basquiat) aurait pu en faire partie. Mais très vite (trop vite) le monde de l’art s’en est emparé et de nombreux “artistes” sont miraculeusement devenus “graffitistes”…
 
http://entrezlibres.free.fr/art-brut-art-naif/basquiat.jpg
Les tags n’ont rien à voir avec cet art puisqu’ils obéissent à des règles; ils se ressemblent tous. Celui qui tague s’inspire, consciemment ou non, de ce qu’il a vu. Souvent  sans le savoir il a une démarche picturale.

Comme vous pouvez le constater, les définitions de l’art naïf et de l’art brut tiennent autant à la personnalité de l’artiste qu’à l’œuvre accomplie. C’est ce qui rend la tâche difficile pour les reconnaître.
Bien entendu, ce qu’on appelle aujourd’hui les “arts premiers” n’ont pas grand-chose à voir avec l’art naïf ou même l’art brut. Ces créations étaient le plus souvent tributaires de contraintes religieuses ou magiques et obéissaient à des règles immuables. Quant aux artistes, ils gardaient l’anonymat.

A propos de l’art brut, je voudrais rendre un hommage tout particulier à celui qui l’a ainsi nommé, Jean Dubuffet, qui fut non seulement un des plus grands peintres de notre temps, mais aussi le découvreur et le collectionneur d’art brut que l’on sait. A partir de 1945, il va amasser plus de 5000 œuvres et comme la France ne manifestait pas beaucoup d’intérêt pour cette merveilleuse collection, Jean Dubuffet en fit don à la Suisse. Si vous passez du côté de Lausanne, vous savez ce qu’il vous reste à faire…


   
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