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ENTREZ LIBRES

Publié le par BMC
Publié dans : #B.M.C.
  
                (Troisième et dernière partie)
 
 
Le peintre, de nos jours, est un homme seul qui passe le plus clair de son temps entre les murs de son atelier. Il n’a généralement que peu de contacts avec le monde extérieur. Il ne nie pas le monde: il lui accorde une dimension supplémentaire, qui est de pouvoir l’en délivrer.

 
Voici ce qu’écrivait le physicien Jean Charron : “Les poètes, les peintres, les musiciens, et tous les artistes qui manipulent les symboles créés par leur imagination, savent bien que, après quelques années, l’ensemble de ces symboles devient pour eux un langage authentique, qui leur révèle un savoir secret – profondément ancré dans leur chair – et généralement difficilement traduisible pour autrui. L’artiste édifie ainsi souvent autour de lui les murs d’une véritable forteresse, à l’intérieur de laquelle il se trouve parfaitement à l’aise, mais aussi de plus en plus isolé du monde extérieur, où on ne parle pas (ou pas encore) le langage qui est le sien entre les murs de sa citadelle”.

L’artiste est un rêveur. Son monde commence là où finit celui du matérialiste et il n’obéit pas aux mêmes lois. Pour ces raisons, le peintre passe souvent pour un anarchiste. Il est presque touours incompris et, comme disait Georges Braque “tout juste accepté”.
 
 
Il est à la recherche d’une porte qui le ferait passer du monde des apparences à celui du réel. Il s’aventure ainsi vers une quête quasi-impossible de la vérité, à laquelle beaucoup ne résistent pas. Je n’aurai pas ici le mauvais goût de faire l’inventaire des peintres et musiciens et écrivains suicidés ou morts fous…

Vous êtes-vous déjà posé la question de savoir pourquoi, à un certain moment, l’artiste arrête de peindre sa toile ? Là encore, il n’y a aucun élément d’ordre rationnel. Ce qui fait que le peintre décide d’en rester là, c’est simplement par une sorte de “perception extra-sensorielle” – que l’artiste cultive depuis toujours – qu’il va savoir si le tableau est “habité”, s’il émane de son œuvre “quelque chose” qui serait d’origine spirituelle. Le tableau est un piège. Et tant qu’il n’est pas refermé sur sa proie, il n’est pas achevé.
Les Egyptiens parlaient du “divin dedans des choses”


 
 

 

Le scribe accroupi  -  Musée du Louvre

 
Créer une œuvre d’art c'est accomplir un acte magique. Son but est de capter des énergies immatérielles pour les focaliser au plan du manifesté.

La peinture ne nous fait pas pénétrer dans un autre monde; elle nous délivre de ce que nous appelons “la réalité” – qui n’est qu’un aspect restreint du “TOUT”.


 


Gerard Gasiorowski  -  Giotto

 
Le monde n’est qu’une description à laquelle nous souscrivons et que nous alimentons par nos propres pensées. C’est pourquoi le Sage apprend à faire le vide en lui pour “stopper le monde”.

Voici ce qu’écrivait à ce propos Carlos Castaneda : “Le monde ne s’offre pas à nous directement. La description du monde s’interpose toujours entre nous et lui. Donc, nous sommes toujours littéralement un pas en arrière et notre expérience du monde est toujours une mémoire de cette expérience. Nous ne faisons que remémorer, remémorer, remémorer…”


 

 

 
L’artiste qui crée se crée en même temps. Son travail se situe hors du temps. Il poursuit la quête de la conscience qui, petit à petit, le mènera à la négation de la mort. C’est ce qu’avait parfaitement compris le peintre Paul Klee, lorsqu’il écrivait dans son journal “En ce monde, nul ne peut me saisir, car je suis plus présent chez les morts et chez ceux qui ne vivent pas encore. Un peu plus près du cœur de la création qu’il n’est d’usage. Et pourtant, encore bien trop loin…”
 
L’artiste n’étant qu’un être humain n’est jamais qu’un “singe savant”: aussi l’œuvre accomplie ne vient pas de lui. Le peintre n’est rien d’autre que l’outil qui EST AGI. Il s’efface derrière son œuvre. Et, en aucun cas, l’outil ne peut se prévaloir de l’origine de la création. Aussi le véritable artiste connaît-il l’humilité. C’est d’ailleurs souvent à ce signe qu’il se reconnaît…
 
Comme le chercheur en initiation, l’artiste doit être en perpétuel mouvement. S’il s’arrête un instant, s’il pense avoir trouvé, s’il n’est plus dans le mouvement, c’est comme s’il était mort. En Art comme ailleurs, malheur à ceux qui détiennent la Vérité car la VERITE n’est pas du domaine de l’humain. Il y a pour chacun de nous, en fonction de son degré d’évolution, une “vérité” qui lui correspond à un moment donné, en un lieu donné. Cette vérité n’est pas immuable, puisqu’elle n’est pas “LA VERITE”.

Le monde cherche le sens des choses. L’artiste cerne l’essence des choses.
En cherchant le sens, on ne trouve que la manifestation. En trouvant l’essence, on trouve la cause.
En fait, le peintre est à la recherche d’une cause qu’il ne trouvera sans doute jamais et qui est la CAUSE DES CAUSES.
 
Consciemment ou non, nous sommes tous des créateurs. Le monde n’a, en fin de compte, pas d’autre sens que celui que nous lui attribuons.
Nous sommes ce que nous créons.

Vous l’aurez sans doute compris, toute œuvre de création artistique est une quête de la spiritualité – que cette quête soit consciente ou non.

Pour terminer, je voudrais vous donner une définition du tableau, définition qui pourrait également être ma conclusion : le tableau N’EST PAS SEULEMENT UNE SURFACE PLANE recouverte de peinture.

Et, comme l’écrivait Antoine de Saint Exupéry : “Ainsi, l’essentiel du cierge n’est point la cire qui laisse des traces, mais la lumière”.
 
 


B.M.C.  -  Touilleur - Technique mixte - 65 x 50 cm.



 
FIN
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