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ENTREZ LIBRES

Publié le par BMC
Publié dans : #B.M.C.

 

 
Voyage au pays de l’Art brut
 
“Je suis capable de faire des choses que tout le monde ne peut faire, par conséquent, il m’est difficile de faire ce que tout le monde peut faire.”

                           Gaston Chaissac                                      

J’adore la peinture de Gaston Chaissac, mais plus encore, c’est l’homme qui m’est cher. Aussi, dans mon musée imaginaire a-t-il une place de choix.
 
Gaston Chaissac – 1910-1964.

 
- 1910, naissance à Avallon - Très jeune, abandonné par son père, il est amené à pratiquer toutes sortes de petits métiers : apprenti marmiton, commis dans une quincaillerie, puis cordonnier;
- 1936, c’est en tant que cordonnier qu’il s’installe à Paris. Il loge chez son frère, dans le même immeuble que les peintres Otto Freundlich et sa femme Kosnick-Kloss. Ceux-ci se lient d’amitié avec le jeune Gaston (26 ans), en qui ils découvrent une véritable sensibilité artistique.
Aussi l’encouragent-ils à dessiner et à peindre;

 

- 1938-1942, atteint de tuberculose, Chaissac erre de sana en sana. Bien entendu, il continue à dessiner et peindre des gouaches;

 

- 1942, Gaston Chaissac épouse Camille Guibert, institutrice de son état. Ils s’installent dans un petit village de Vendée, Sainte-Florence de l’Oie. A partir de ce moment, il va pouvoir se consacrer totalement à son art.

Gastounet (c’est ainsi qu’il se nommait) va beaucoup produire. Il crée avec tout et n’importe quoi… racines d’arbres, vaisselle cassée, vieux four, morceaux de papier peint, vieille passoire… que sais-je ?

 

Durant plusieurs années, il entretiendra des relations épistolaires avec, bien entendu Otto Frundlich, mais aussi avec Jean Paulhan, Raymond Queneau et surtout Jean Dubuffet.
Dès que lui venait une idée, il se dépéchait de la coucher sur le papier et dans l’instant-même allait la poster. Rentrant à la maison, lui venait une autre idée. Il l’écrivait. Retournait à la boîte-aux-lettres poster son deuxième courrier. Et le troisième ne tardait pas à suivre… C’est ce qu’on appelle “avoir de la suite dans les idées” !

 Il lui arrivait aussi de relever des adresses dans l’annuaire du téléphone et d’écrire à des inconnus…
Il est très difficile de parler d’un personnage aussi complexe. Sa peinture avait sans doute quelque chose à voir avec l’écriture automatique, chère aux dadaïstes. C’était un peu le même principe, adapté à l’art pictural. En tous cas, rien à voir avec l’art naïf (on est prié de ne pas confondre).

1949, Dans le cadre d’une expo consacrée à l’art brut (galerie Drouin) et grâce à Dubuffet, il expose un tableau;

-1961, une fois encore, c’est Iris Cler qui va le “découvrir” et organiser une exposition dans sa galerie – expo qui passera inaperçue, en dehors de quelques rares initiés;
-1962, moi aussi, je découvre Gaston !

-1964, mort de Gaston Chaissac, à l’âge de 54 ans;

-1964, exposition à New-York.

Il faudra attendre 1973 pour que le musée national d’Art Moderne organise une rétrospective qui permettra au grand public de découvrir enfin Chaissac.
Comme vous avez – semble-t-il – eu le courage de lire cet article jusqu’ici, vous avez droit à une récompense !
Voici quelques textes écrits par ce cher Gastounet :
 
Décembre 1946. Lettre à Jean Dubuffet.
 
“Je ne suis pas allé chez le coiffeur depuis août dernier. Les coiffeurs nous abiment. Ils manquent d’adresse (c’est-à-dire de maladresse). Ils ne savent jamais faire une coupe de cheveux qui fait tête de romanichel. Je préfère passer entre les mains des apprentis coiffeurs qui, au moins, font des coupes de cheveux inédites, mais leurs patrons ont la marotte de retoucher à leur travail quand il est particulièrement intéressant. Ils gâchent tout.”


12 mai 1947. Lettre à Jean Dubuffet.

“Quand vous viendrez me voir, je vous montrerai mes meilleurs tableaux. Il y a “l’homme au nœud papillon” sur lequel j’ai écrit ceci : “Votez pour les amateurs d’Art Moderne, ils ne sont pas bornés.
Puis il sortit en fermant la porte sans bruit et grimpa dans la vallée à la rencontre d’une demoiselle créée de toutes pièces…
L’homme au nœud papillon bifurqua et traça un impeccable angle droit. Plusieurs géomètres arrivèrent peu après et l’un d’entre eux, qui était un très grand, copia cet angle droit.”

 
 
“J’ai beau être parvenu à brilloter avec mes brimborions qui pourtant ne doivent pas valoir un trio de brévicaudes mangeables et j’ai beau être aussi battologue que possible, on me prend volontiers pour bachacon. Et des barguigneurs venus regarder ma peinture l’ont traitée de batifolage et moi de batifoleur..”


Et sur la façon de peindre :

“Je suis en train de peindre un tableau au dos d’un autre. Et de faire des masques polychromes avec de vieux ustensiles. Donc, ce matin de bonne heure, avec un gros marteau je martelais d’importance. Ces pauvres restes d’une bassine qui a rompu à l’endroit des soudures, j’ai songé une seconde à en coudre les morceaux au fil de fer pour les assembler, mais réfelxion faite, je les ai cloués sur une planche; j’aime mieux peindre sur toile que sur la tôle tarabiscotée de mes vieilles bassines, c’est plus facile.”


“… Et comme je ne pouvais dessiner les objets que de façon raide avec mon dessin sommaire, j’accentuais à l’occasion ma maladresse, m’étant aperçu que plus mon dessin était mal foutu, moins il avait cette raideur de l’apprenti dessinateur.”



Allez, une dernière pour la route :

“La vie est quand même belle en cette saison désastreuse où tant de choses tournent en eau de boudin et la joie perd de son entrain. Mais le dindon de la farce lui-même fait don de sa personne d’un cœur qui se donne et la mer, si elle n’est pas prise à rebrousse-poil, fond de tendresse dans les bras de son pierrot dont elle est le plus vaste miroir et l’on en parle au lavoir, au salon, à l’abreuvoir.
Et que d’encre elle fait couler pour ancrer dans les cervelles l’air de chemise de la fleur des lumières.
Les lauriers sont coupés, il faut les ramasser ou les laisser pourrir sur place jusqu’à ce que la glace se rompe sous les pas du lézard réveillé par le froid.”

 

 


 
B.M.C. - Les hommaginaires - Gaston Chaissac
Peint sur bâche - ( 200 x 250 cm.)


 
CHUT.….. au paradis des peintres, un ange coupe les cheveux de Gaston :

- “Comment je vous les coupe ?”
- “A la romanichel…”



 
 
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