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Publié le par BMC
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Peinture BMC

 

 

Georges Braque
 

“On s'est dit avec Picasso pendant ces années-là des choses que personne ne dira plus, des choses que personne ne saurait plus se dire, que personne ne pourrait plus comprendre.”
                                                                         G. Braque
 



1882 -13 mai naissance à Argenteuil sur Seine –
Dans la famille Braque, on est peintre en bâtiments de père en fils.

1893 la famille s’installe au Havre.

En 1899, Georges entre comme apprenti chez son père Charles

1900 -  Braque s’installe à Paris, il continue son apprentissage chez un décorateur du nom de Laberthe. Il rencontre Othon Friesz et Raoul Dufy. Il commence à peindre, suit des cours à l’atelier municipal des Batignolles.

1902- De retour de son service militaire, il décide de se consacrer totalement à la peinture. Il s’installe rue Lepic et s’inscrit à l’Académie Humbert où il rencontre Picabia et Marie Laurencin.

1904 - Braque se cherche encore il  peint des tableaux néo- impressionnistes. Un an plus tard il découvre au salon des indépendants “La cage aux fauves” : Derain, Matisse et les autres.

1906 - Braque expose 7 tableaux au Salon des Indépendants. Les tableaux en question seront tous détruits par la suite par son auteur.

1906 toujours, voyage avec Othon Friesz à Anvers, peinture fauve.

1907 - Au Salon des Indépendants Braques expose les peintures qu’il a faites à l’Estaque, près de Marseille. Sans doute une sorte d’hommage à Cézanne dont on se souvient que ce lieu lui était très cher. Toutes ces peintures seront vendues.

 C’est en 1907 que Braque rencontre Picasso, rencontre qui va être décisive pour l’art moderne. Vous vous souvenez de ce que dit Braque la première fois qu’il voit “Les Demoiselles d’Avignon” :  “C’est comme si tu voulais nous donner à boire du pétrole pour cracher du feu”.

1907 - Cézanne est enfin reconnu, même si sa peinture fait encore scandale, une exposition lui est consacrée à Paris chez Bernheim-Jeune.
C’est vers 1907-1908 que vont naître les premières peintures cubistes, le terme cubiste n’existe pas encore. Les couleurs sont réduites au minimum, l’artiste peint presque en camaïeu, du brun au gris. La leçon de Cézanne appliquée à la lettre.
L’artiste s’ingénie à “décomposer” l’objet pour le représenter à la fois sous tous ses angles à la façon d’un kaléidoscope. On va voir un nez de profil dans un visage vu de face, un nez est plus vrai ainsi, un visage aussi.
Compte tenu de leur travail les « cubistes » vont de plus en plus s’intéresser à la nature morte, les objets se prêtant beaucoup mieux que les paysages à leurs recherches.
Braque présente ses tableaux au Salon d’Automne, ils sont tous refusés, sauf un qu’il retire immédiatement en guise de protestation.

En  1908 - C’est là que va intervenir le célèbre marchand Daniel-Henry Kahnweiler. Il organise une exposition Braque. Guillaume Apollinaire rédige la préface du catalogue, c’est à cette occasion que Louis Vauxelles parle d’un  amoncellement de petits cubes. Celui qui, par dérision, avait donné son nom au fauvisme va ainsi baptiser cette nouvelle école. À partir de maintenant tout le monde ne  parlera plus que de cubisme.

1909 C’est le début de l’amitié entre Braque et Picasso.
Braque, qui connaît par cœur les astuces du trompe l’œil (enseignée par son père), va apprendre à Picasso les techniques de faux marbres. Ensemble ils vont échafauder la théorie du cubisme. Gris a eu une grande importance dans cette école, mais, je ne sais pour quelle raison, Braque refusait d’exposer ses tableaux à côté de ceux de Gris … Quant à Picasso, il voyait en lui un concurrent qui risquait fort de lui faire de l’ombre et ça, Picasso ne supportait pas. Plus tard Picasso parlant de Braque dira : “Braque, c’est ma femme”. Dans la bouche de l’illustre matcho, on comprend très bien ce que cela veut dire.

En 1911 Braque retrouve Picasso à Céret, ils travaillent ensemble, leurs peintures sont très proches. Il est assez difficile pour un néophyte d’en reconnaître l’auteur. La plupart du temps, les œuvres sont signées au dos, ce qui ne facilite pas l’authentification.

C’est en 1911 qu’apparaissent les premiers objets directement collés sur la toile, il peint des lettres, des chiffres au pochoir. En cela il sera imité par Picasso.

En 1912 Braque et Picasso se rendent ensemble au Havre. On se souvient des peintures réalisées par Picasso lors de ce voyage.

Braque après avoir utilisé le peigne à peindre utilisé par les décorateurs, va maintenant coller directement sur la toile des papiers peints, des journaux. À cette même époque Braque, qui cherche toujours à innover et créer de nouvelles matières, mélange à sa peinture, cendre de cigarettes, sciure de bois et un peu tout ce qui lui tombe sous la main.
1914 - Braque et son ami Derain sont mobilisés. Braque est très vite remarqué pour son courage et sa bravoure, cela lui vaudra d’être nommé lieutenant. En 1915, il est grièvement blessé à la tête, cela lui vaudra d’être trépané. Il ne pourra pas repeindre avant  1917.
 
1915 - C’est maintenant Léonce Rosenberg qui devient le marchand de Braque.

Braque ne voit plus beaucoup Picasso, ils vont à compter de maintenant cheminer chacun de leur côté en s’intéressant toujours au travail de l’autre.

1921 – Kahnweiler, de nationalité allemande, se voit  saisir sa collection qui sera vendue aux enchères. De nombreux tableaux de Braque feront partie de cette triste vente.

1922 – Le Salon d’Automne rend hommage à Braque. La même année Braque s’installe à Montparnasse, c’est une période très productive.

1925 – Braque se fait construire une maison, près du parc Montsouris, c’est avec le célèbre architecte Benjamin Perret qu’il en fait les plans.

Braque, qui n’a jamais eu de grosses difficultés sur le plan matériel, gagne maintenant très bien sa vie. Comme il est resté fidèle à sa Normandie natale, il va aménager une maison à Varengeville, où plus tard il réalisera les vitraux de l’église.

Durant l’occupation allemande Braque continue à peindre, ses sujets sont influencés par  les restrictions du moment. Un morceau de pain, des poissons, c’est malgré tout une période de grande production.

De 1936 à 1945, les expositions Braque se succèdent dans le monde entier. Paris, Bruxelles, Washington, Chicago, Amsterdam etc.

En 1944 il obtient le grand prix de peinture de la Biennale de Venise.

 En 1945 Braque atteint d’une grave maladie s’arrête de peindre durant plusieurs mois.

En 1947 ce sera un tournant très important pour Braque, Aimé Maeght devient son marchand, c’est le début d’une très longue amitié qui durera jusqu'à sa mort.

De 1949 à 1956 – Ce sera une période très féconde où Braque va peindre “Les Ateliers”, à mon avis une des meilleures périodes. C’est l’aboutissement du travail de toute une vie.

1953 – Georges Salles, directeur des Musées de France demande à Braque de décorer le plafond de la salle Henri II du Musée du Louvre. C’est la première fois qu’un peintre entre de son vivant au Louvre.

1961 - Importante exposition dans la galerie Mollien au Musée du Louvre.
Braque est de plus en plus malade ; avec l’aide de son ami Heger de Lœwenfeld il va créer des bijoux le plus souvent inspirés de ses gravures. La première bague réalisée sera offerte à Madame Braque pour son anniversaire en 1962.

Braque est pour moi le représentant de la peinture française. Il est l’héritier de Chardin, de Poussin, de Le Nain. Il y a dans son œuvre un côté philosophique, je dirai presque zen. Braque était un ouvrier qui, à la façon d’un compagnon, a passé sa vie à construire son chef-d’œuvre.  C’est l’antithèse de Picasso ; chez Braque tout est équilibre, harmonie, raison, sa peinture ne dérange pas, elle apaise. Chez Braque c’est la révolution tranquille. Mais il s’agit bien d’une révolution.  Derrière des apparences de grand sage Braque était bien un homme révolté, même si ça ne se voyait pas toujours dans son attitude.
Chez Picasso, sa peinture agresse, la violence est partout, au niveau des couleurs, des formes, des sujets. Picasso peint dix tableaux par jour, Braque met huit ans à terminer le billard.
Rien d’étonnant à ce que ces deux artistes aient travaillé ensemble, étant donné leur complémentarité.

Le 31 août 1963 Georges Braque tire son ultime révérence.

Ce n’est pas souvent le cas, pour une fois un peintre a droit à des funérailles nationales. André Malraux prononcera l’éloge funèbre reproduit plus bas.

Il est difficile de ne pas penser à ce que sera quelques années plus tard l’enterrement à la sauvette de Pablo Picasso.


 
A la mémoire de Georges Braque

 


Hommage du Gouvernement par Monsieur André Malraux, ministre d'Etat, chargé des affaires culturelles
 
Colonnade du Louvre, le 3 septembre 1963
 

Avant que Georges Braque ne repose dans le petit cimetière normand qu'il a choisi, j'apporte ici l'hommage solennel de la France.

Vous avez reconnu, Madame, la musique que vous venez d'entendre, avant ces cloches qui sonnaient jadis pour les rois : c'est la Marche Funèbre pour la Mort d'un héros. Jamais un pays moderne n'a rendu à un de ses peintres morts un hommage de cette nature. L'histoire de la peinture qui trouve dans l'oeuvre de Braque un accomplissement magistral a été une longue histoire de dédains, de misère et de désespoir. Et jusque par sa mort, Braque semble assurer la revanche des pauvres obsèques de Modigliani, du sinistre enterrement de Van Gogh ?... Et puisque tous les Français savent qu'il y a une part de l'honneur de la France qui s'appelle Victor Hugo, il est bon de leur dire qu'il y a une part de l'honneur de la France qui s'appelle Braque - parce que l'honneur d'un pays est fait aussi de ce qu'il donne au monde.

Ses tableaux se trouvaient dans tous les grands musées, et plus de cent mille Japonais, à Tokyo, s'étaient rendus à son exposition comme à un pèlerinage. Dans son atelier, qui n'avait connu d'autre passion que la peinture, la gloire était entrée mais s'était assise à l'écart, sans déranger une couleur, une ligne, ni même un meuble. Silencieuse et immobile comme les oiseaux blancs qui depuis sa vieillesse avaient apparu sur ses toiles. Il était devenu l'un des plus grands peintres du siècle.

Mais notre admiration ne tient pas seulement à ce génie pacifié que connaissent tant de maîtres à l'approche de la nuit. Elle tient aussi au lien de ce génie avec la révolution picturale la plus importante du siècle, au rôle décisif joué par Braque dans la destruction de l'imitation des objets et des spectacles. Et sans doute le caractère le plus pénétrant de son art est-il de joindre, à une liberté éclatante et proclamée, une domination des moyens de cette liberté, sans égale dans la peinture contemporaine.

De plus, en nous révélant, avec une puissance contagieuse, la liberté de la peinture, Braque et ses amis de 1910 nous révélaient aussi tout l'art du passé rebelle à l'illusion depuis notre peinture romane jusqu'au fond des siècles : patiemment ou rageusement penchés sur leurs tableaux insultés. Ces peintres ressuscitaient pour nous tout le passé du monde...

Enfin, ces tableaux exprimaient la France à l'égal de ceux de Corot - mais plus mystérieusement, car Corot, lui, l'avait beaucoup représentée. Braque l'exprimait avec une force de symbole si grande qu'il est aussi légitime chez lui au Louvre, que l'ange de Reims dans sa cathédrale. Samedi, nous avons retrouvé une tristesse très lointaine mais bien connue; celle qui nous avait saisis naguère quand nous avions entendu : "Debussy est mort".

Demain matin, Madame, que l'on dise aux marins et aux cultivateurs de Varangeville, qui aimaient Georges Braque, évidemment sans comprendre son art : "Hier, quand il était devant le palais des rois et le premier musée du monde, il y avait dans la nuit pluvieuse une voix indistincte qui disait merci ; et une main très simple, une main usée de paysanne, qui était la main de la France, et qui se levait une dernière fois dans la nuit pour caresser doucement ses cheveux blancs".


   

 
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