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ENTREZ LIBRES

Publié le par BMC
Publié dans : #B.M.C.



 
Nous sommes le 6 juin 1562, à Venise, sur l'île de San Giorgio Maggiore. Les bénédictins du monastère souhaitent égayer leur vie monacale par quelques agapes, et comme le pape n'est pas tout à fait d'accord, ils  le feront de façon symbolique (virtuelle, dirait-on aujourd'hui). Aussi, demandent-ils à un peintre dont aujourd'hui personne ne connaît plus le nom exact, (Paolo di Gabriele, Paolo da Verona, Paolo Caliaro, Paolo Caliari), celui que tout le monde appelle Paolo Véronèse, de décorer le réfectoire, et pour cela le sujet qui s'y prête le mieux c'est, bien entendu : les noces de Cana.
Véronèse va réaliser une immense toile de 67 mètres carrés, sur laquelle vont figurer pas moins de 132 personnages, dont l'Arétin. On prétend que les musiciens qui se trouvent au centre du tableau seraient les portraits de Titien, Tintoret, et Véronèse. Il va mettre seulement quinze mois à réaliser son œuvre.
Ce tableau fit scandale… Pensez-vous, figurer une noce qui, à l'origine, représente le premier  miracle de Jésus, transformé en une fastueuse fête vénitienne, où des personnages en costumes orientaux se livrent à des beuveries, et tout ça au cœur d'un monastère!.. qu'en est-il du miracle et de Jésus dans tout ça?

Le tableau restera au monastère jusqu'au moment où Napoléon    (je ne vous demande plus quel était son prénom) qui passait par là lors de la campagne d'Italie, trouvant le tableau à son goût, décida de le ramener en France. Bien qu'il fut trop grand pour être mis dans une valise diplomatique, cela ne causa pas trop de difficultés.
 
Depuis 1798, la peinture a été installée au premier étage du Louvre. Le célèbre sculpteur Antonio Canova, qui avait été chargé de récupérer les œuvres volées par l'Empereur, acceptera que le tableau reste en France, convaincu par Vivant Denon de la fragilité de l'œuvre et des dangers qu'il y aurait à la rapporter en Italie. Un échange fut proposé par la France qui donna une œuvre de Charles Le Brun en compensation : La Madeleine et le Pharisien, (sans aucun doute marché de dupe pour les Italiens !).
Depuis ce temps, " Les Noces" coulaient des jours heureux, à deux pas de Mona Lisa, lorsque survint la seconde guerre mondiale (on est jamais tranquille!). Le tableau soi-disant intransportable est mis en sécurité dans le sud de la France. À la fin de la guerre, il retourne dans son Louvre. Lors du voyage de retour il sera endommagé, preuve qu'il n'était pas facilement transportable (faudrait savoir: on peut ou l'on peut pas le transporter ?)

À compter de 1990, il est décidé de restaurer l'œuvre, cela demandera deux ans de travail, et va provoquer de nombreuses polémiques. Il faut faire disparaître le jaunissement dû au vieillissement du vernis, analyser les "repeints" pour savoir s'ils sont de la main de l'artiste, ou l'œuvre d'un "restaurateur amateur".
Ce fut un travail gigantesque. Des historiens, des conservateurs, tous les spécialistes de Véronèse et de la restauration sont convoqués. Il fallut radiographier la toile (64 m 2), analyser les pigments utilisés, faire de très nombreuses analyses en laboratoire, je passe sur les détails.


 

Véronèse, "Les Noces de Cana" avant la restauration



 
Véronèse, "Les Noces de Cana" après la restauration
 
Durant les travaux une partie de la toile s'effondre, ce qui, bien entendu, va retarder l'échéance; tous ceux qui s'opposaient à cette restauration jubilent et ne se privent pas de le faire savoir.
Mais là où ça se corse, c'est  au moment où on passe un dissolvant pour enlever le vernis : on va s'apercevoir que le dissolvant en question dissout aussi la peinture sur le manteau de l'un des personnages, et uniquement à cet endroit, ce manteau qui est marron rouge devient vert. Et maintenant la question que tout le monde se pose est: "quelle était la couleur d'origine du fameux manteau?" La couleur à laquelle on nous a habitué est-elle celle voulue par le peintre, ou due à une restauration "sauvage"?


 

 

Et c'est là que la polémique bat son plein: rouge ou vert personne n'est d'accord. On va heureusement découvrir qu'il existe une interprétation du tableau de Véronèse réalisé par Andréa Vincentino en 1594, sur cette toile le manteau est vert.Il fut donc décidé que le manteau serait vert sur le tableau restauré, décision prise par 6 spécialistes de Véronèse.
Pour la petite histoire, l'avocat Arno Klarsfeld, et le top model Carla Bruni ont milité pour que "Les Noces" retournent à Venise dans leur monastère d'origine. Non mais de quoi je me mêle ? Inutile de dire, que, le tableau est bien installé au Louvre, et pour le moment aucun Napoléon de passage ne le  revendique.
 
 
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