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ENTREZ LIBRES

Publié le par BMC

           Dédié à Loulou Heyral  

 

 

  corrida,

Photo BMC

 

 

Comment, lorsqu’on n’a aucun don d’écrivain, raconter l’inracontable ?

 

Le 21 septembre. À Nîmes, c’est la féria des Vendanges. Ce jour-là, Marie-Sara doit recevoir l’alternative des mains de Conchita Cintron. Si vous aimez l’art équestre, ne vous privez pas du spectacle que procure une corrida à cheval. Je reconnais qu’il y a de quoi être “scotché”.

 

 

conchita cintron,

Conchita Cintron

 

 

L’image de Conchita Cintron (69 ans à l’époque, décédé le 17 février 2009 à l'âge de 86 ans) restera à jamais imprimée dans ma mémoire.

 

 

conchita cintron,

Conchita Cintron

 

 

Mais tout ça n’était rien à côté de ce qui allait suivre :

Etait ensuite programmée une corrida à pied avec Curro Romero.

 

    Curro Romero, le pharaon de Séville.

 

C’est pas un torero, c’est une légende. Certains aficionados attendent depuis des décennies (je n’exagère pas) de voir une de ces faenas dont il a le secret et dont on parlera durant des années.

 

 

curro romero,

Curro Romero à Seville

 

 

Seulement voila… Curro face à un toro a plutôt tendance à lui tourner le dos et partir sous une pluie de coussins et la bronca (huées) des spectateurs. L’histoire raconte qu’un jour, circonstance agravante : en Espagne, il a quitté l’arène en courant. Les policiers (ça rigolait pas là-bas à cette époque) l’ont retrouvé dans le hall de la gare, en habit de lumière, prêt à sauter dans le premier train… C’était tout simplement passible de prison !

 

 

dubout,

Dessin de Dubout

 

Mais revenons à notre corrida. Conchita Cintron descend de son cheval et s’adresse au “pharaon” en ces termes : “J’ai entendu dire que parfois vos faenas … etc, etc…” J’ai un peu l’impression de vous raconter l’histoire du corbeau et du renard… En tous cas, c’est ce qu’il ne fallait pas dire – ou plutôt ce qu’il fallait dire ! – au maestro pour le mettre en condition.

 

C’est enfin le tour de Curro Romero.

 

La porte du toril s’ouvre. Le fauve fait son entrée. Les péons agitent leur cape. Le maestro fait trois pas dans l’arène. D’un revers de la main, il renvoie tout le monde derrière les burladeros.

 

 

 

curro romero,

Curro Romero

 

 

Cet homme de 58 ans à l'époque  est ridicule. Un peu chauve, largement bedonnant. En costume de lumière, on s’attendrait à le voir sur la scène du Chatelet aux côtés de Luis Mariano, mais certainement pas face à un monstre au cœur de l’arène…

  

Et le miracle s’accomplit. Le torero, à une extrémité des arènes, cite le toro, les pieds joints. Tel une cariatide, il reste de marbre face à la charge du toro, qui s’élance de l’autre bout de l’arène.. Première passe de cape. Olé! Quelqu’un, à côté de moi, murmure “C’est une véronique d’anthologie”. Ses pieds n’ont pas bougé. La cape tourne. La bête semble soudée à elle. L’homme et l’animal ne font plus qu’un.

 

Un silence impressionnant règne dans l’arène. Vingt mille personnes et pas le moindre éternuement. Pas le moindre murmure. À croire que les mouches se sont arrêté de voler… Le torero, le toro, les spectateurs ne forment plus qu’un être unique. Oserai-je employer le terme d’égrégore ?

 

Suit une faena comme on peut en voir une fois dans une vie – et encore, avec beaucoup de chance… On a tous  le souffle coupé.

 

 

CE JOUR-LÀ, LE TEMPS S’EST ARRÊTÉ.

 

 

Ce fut un ressenti physique, très fort et partagé par l'ensemble du public : nous étions quelque part hors de l'espace et du temps.

 

Mais tout a une fin. Curro Romero doit tuer son toro. Bien entendu, il le fera comme il sait le faire : très mal. Carrément placé sur le côté (eh! eh! c'est moins dangereux !). Ce qui ne lui vaudra qu’une oreille.

 

Mais tous ceux qui ont assisté à cette corrida ne l’oublieront jamais. Il y a des images qui restent ancrées dans nos souvenirs. Ces images ne font pas partie du passé; elles refont surface chaque fois que nous y faisons appel.

 

Puis Curro Romero fait sa vuelta (tour de piste). Attention, on ne lance pas de fleurs au “pharaon” !  Heureusement, tout le monde, à tout hasard et sans conviction, avait apporté un petit brin de romarin…

 

Cette corrida a été tellement extraordinaire qu’un livre entier a été écrit sur ce combat.

 

Comme tout ce qui fait parler, la corrida en a fait dire, des bêtises. Et ce n’est certainement pas fini.

 

Tout le monde pense que c’est la couleur rouge qui rend le toro furieux.

 

     “Enfants, voici des bœufs qui passent,

    Cachez vos rouges tabliers”

 

    (Victor Hugo – La légende de la nonne)

 

 

Une corrida avait été organisée à New-York, il y a longtemps, C’était pour le moins insolite. Tous les défenseurs des animaux cherchaient un moyen de l’empêcher. Ils eurent cette idée "géniale" : d’accord, à condition de ne pas utiliser de “chiffon rouge” !..

 

 

 

la corrida verte, bmc,

Photo BMC

 

La corrida verte par BMC - 4 Panneuax de 110 x 75 cm.

 

 

Cette course eut lieu. On utilisa une muleta verte. Ce qui, bien sûr, ne changea rien au comportement du toro, au grand dam de tous les anti-corrida.

 

J’aimerais maintenant m’adresser à tous les détracteurs de la tauromachie :

 

Bien sûr, je n’aime pas voir souffrir un animal. Si demain on me demande de signer une pétition pour interdire la corrida, honnêtement, je ne sais pas bien quel sera mon comportement. Sans doute, signerai-je des quatre pattes.

 

Mais ce que je n’arrive pas à comprendre, ce sont ces gens qui vont, avec raison certes, défendre les bébés phoques, s’insurger contre le commerce de la fourrure (je suis de tout cœur avec eux), mais qui, hypocritement, s’attablent devant une escalope de veau. Vous avez déjà vu un petit veau ? C’est adorable “oh qu’il est mignon !” Seulement voila, le même élevé en batterie, attaché entre quatre planches, bourré d’antibiotiques et d’anti-stress … Et les poulets … Il y a aussi la langouste qui DEMANDE à être ébouillantée vivante, le homard qui DEMANDE à être coupé en deux, vivant… Vous savez comment on tue les lapins ?..

 

Peut-être, j’ai pas tout compris.

 

En tous cas, une chose est certaine : si demain je dois renaître taureau, je préfère bien vivre quatre ans toro au campo en broutant l’herbe des meilleures prairies andalouses, pour ensuite mourir en me battant plutôt que vivre quelques mois entre quatre planches (c’est déjà un cercueil) pour être ensuite tué “proprement” au pistolet électrique.

 

Et des bêtises, on en dit beaucoup aussi concernant les chevaux.

S’il est vrai que dans les années 1900, le cheval n’était pas protégé, on assistait alors à un carnage. Heureusement vint un certain monsieur Heyral (le papa de Loulou, à qui est dédié ce texte) qui a inventé le caparaçon.

 

  caparaçon,

  Photo BMC

 

Sans entrer dans le détail, le caparaçon est une sorte de grand manteau de cuir armé, attaché sous le ventre du cheval et descendant jusqu’aux pattes. Avec cette armure, le cheval ne risque rien. Il arrive exceptionnellement qu’il soit renversé. Dans ce cas, c’est le plus souvent l’homme qui risque d’être coincé sous le cheval. Mais c’est tout-à-fait exceptionnel. Aujourd’hui, les chevaux de picadors français finissent leurs jours dans une “maison de retraite équine" en Normandie ou ailleurs.

Je voudrais également parler de tous ceux qui souhaitent la mort du torero… Face à un tel état d’esprit, il n’y a pas grand-chose à dire. Dois-je vous dresser la liste de tous ces jeunes gens qui, rêvant de devenir torero, ont perdu une jambe ? Lisez les revues tauromachiques à la rubrique “blessures”. Combien de toreros sont morts dans l’arène ? Combien se sont retrouvés handicapés à vie?  Je ne souhaite à personne de voir le “spectacle” d’un toro s’acharnant sur un homme…

 

 

 

toro,

  Photo BMC

 

 Pour terminer, j’ai envie de vous raconter :

 

“ la belle histoire” :

 

 

1er mai 1991. Les arènes Paul Ricard. C’est en Camargue, des petites arènes, presque privées. Ce jour-là était organisé un festival taurin. C’est un peu, si l’on peut dire, une corrida “entre amis”. Le torero ne revêt pas l’habit de lumière. Souvent d’anciens matadors ou des peons participent. Ce jour-là, il y avait entre autres concurrents, le directeur de l’école de tauromachie de Nîmes. Disons, c’est très convivial.

 

 

Louis heyral,

 

 

Nous parlons longuement avec Loulou Heyral (c’est l’homme des chevaux). Ma Muse (allez-donc savoir pourquoi) lui demande de signer ce qu’elle appelle son carnet de pouvoir, dédicacé par nombre des grands toreros du moment.

 

 

corrida;

 

La corrida a lieu dans une ambiance bon-enfant.

Nous allons partir. Au sortir de la course, nous sommes hélés de loin par Loulou (bien qu'il soit en grande conversation avec une bonne dizaine de personnes) qui agite la main en criant “Salut les amoureux!!!” On ne l’a plus jamais revu. Probablement est-il en train d’effectuer une dernière vuelta au paradis des chevaux…

 

loulou heyral,

 

      Loulou Heyral   -   Photo B.M.C.

 

 

 

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