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ENTREZ LIBRES

Publié le par BMC
Publié dans : #B.M.C.

Tout d’abord je tiens à remercier Viviane, sans qui je n’aurais peut-être jamais connu cette étrange histoire (voir le blog de Viviane: “Ballade d’artiste”).

   

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Pour des raisons que l’on peut comprendre et par respect pour la famille, je ne ferai figurer aucun nom propre, ni même le nom du village. II suffit de savoir que la scène se passe quelque part dans un hameau du Béarn.

 

Les personnages :

 

Jean dit Jeannot

Le père Alexandre

La mère Joséphine

La sœur aînée Simone

La deuxième sœur Paule

 

Fin 1930 Alexandre et Joséphine achètent une ferme dans un petit village du Béarn. Circonstance aggravante, ils ne sont pas originaires de la région. À cette époque, toute personne qui n’est pas native du coin est considérée comme “estranger”. Venir d’ailleurs est toujours suspect. De plus la maison en question ressemble plus à une maison de maître qu’à une vulgaire ferme. Quarante hectares de terre, de nombreuses vignes.  Il n’en faut pas plus pour créer un climat de jalousie au sein du hameau.

 

Jeannot et ses deux sœurs fréquentent l’école du bourg. Ils sont de très bons élèves. Jeannot sera le seul de sa classe à décrocher son certificat d’études. Avoir son certif, à cette époque et au fin fond de la France profonde, n’était pas si courant que ça. Aussi monsieur le curé décide que Jean ira au séminaire. Quant à l’instit, il souhaite le diriger vers l’école normale (Don Camillo et Pepone, je vous ai reconnus).

 

Comme on pouvait s’y attendre, le père n’est pas de cet avis. Jeannot doit rester à la maison et par la suite reprendre l’exploitation à son compte.

 

À la maison, tout le monde travaille d’arrache pied, aussi l’argent ne manque pas. Bientôt ils achètent une traction, mais aussi un tracteur, alors même que leurs voisins  labourent avec un attelage de bœufs ou un cheval.

 

Jeannot est maintenant amoureux, il voudrait bien se marier. Mais il n’est pas question de faire un mariage d’amour, ici on se marie par intérêts. Bref, le mariage ne se fera pas, ce qui très probablement va laisser de lourdes séquelles dans l’esprit de Jeannot.

 

1959, la guerre d’Algérie. Jeannot est mobilisé dans les paras. Un béret rouge sur la tête, une tenue camouflée. À ce moment-là, les paras sont souvent regardés comme des demi-dieux. Qu’a-t-il vécu en AFN (Afrique Française du Nord), on n’en sait pas grand-chose. Toujours est-il que courant 1959 Jeannot bénéficie d’une mystérieuse permission (vu les circonstances, il était très difficile d’obtenir ce genre de dérogation).

 

Un jour, les voisins voient Jeannot, Paule et leur mère fouiller les environs, les bois, ils semblent rechercher le père, Alexandre. Ce dernier sera retrouvé pendu dans la grange.

 

Bien entendu les habitants du lieu ne vont pas se priver de raconter toutes sortes d’histoires. Des rumeurs circulent. Ces gens sont bizarres, ils parlent peu, ne sont pas franchement intégrés, c’est toujours et encore des “estrangers”.

 

On dit ; peut-être n’est-ce pas seulement une rumeur, que quelque temps avant ce drame Paule aurait quitté la région et serait revenu “délestée” d’un bébé qui n’était pas le bienvenu. Cela pourrait-il être la cause du suicide du père ? Bien entendu la rumeur (toujours elle) comme on pouvait s’y attendre va parler d’inceste.

 

Jeannot voulait s’engager dans l’armée, suite au suicide de son père, il pense que ce ne sera plus possible, chez les paras, on ne veut pas de fils de pendu. Nouvelle déception.

 

Simone, la sœur aînée, est maintenant mariée. Son mari n’a qu’une idée, récupérer la ferme ; lorsqu’ils se rendent compte que ce n’est plus possible, le couple se fâche définitivement avec la famille.

 

Ne reste plus à la maison que la mère Joséphine, la sœur Paule et, bien entendu, Jeannot.

 

Et c’est maintenant que tout bascule. En 1965 Jeannot entend des voix ; il se rend chez les voisins et tire un coup de fusil dans leur salle à manger, les mystérieuses voix lui ont commandé de tuer les voisins. Ce jour-là, par chance, il n’y aura pas de mort. 

 

À partir de maintenant Jeannot ne va pratiquement plus parler hormis à sa sœur Paule et à sa mère.

 

Une antenne vient d’être installée sur la colline face à la maison. Paule et Jeannot sont persuadés que c’est le Pape qui l’a faite installée pour pouvoir les espionner. Tout est bon : De Gaulle, l’église, même le maquis ? Je ne suis pas un spécialiste de la chose, mais je pense qu’à ce niveau, on peut parler de schizophrénie.

 

Maintenant Jeannot, fusil en bandouillere dont il ne se sépare plus, fait régulièrement des rondes sur son tracteur tout autour de la maison.

 

Le maire du village est prévenu, un médecin délivre un certificat de placement dans ce que l’on appelle encore un asile de fous. Les autorités s’en mêlent, une plainte est déposée au Procureur de la République. Trente gendarmes sont dépêchés afin de surprendre Jeannot  en flagrant délit de démence, ils reviennent bredouille. Jeannot résiste !

 

Jeannot a tenu bon, la famille vit maintenant en autarcie, à peine si Paule emprunte le tracteur pour aller une fois par semaine au marché faire quelques courses, elle non plus ne parle à personne.

 

On imagine aisément les discutions familiales, cette ambiance ne peut qu’être propice au développement de la démence.

 

Au hameau, tout le monde a peur, on sait Jeannot capable du pire, mais comment faire ? Les voisins n’en peuvent plus de ce climat, ils   déménagent.

 

Jeannot ne s’exprime plus guère que par onomatopées, il éructe plus qu’il ne parle.

 

Un jour de 1971, fait exceptionnel, le vétérinaire est appelé pour voir les bêtes. Lorsqu’il entre dans la cuisine, la mère est assise devant la cheminée. Raide morte, sans doute depuis plusieurs jours. Jeannot et sa sœur tentent en vain de la réchauffer pour la faire revivre (si vous avez un mort à la maison, n’essayez pas, ça ne fonctionne pas).

 

La nouvelle se propage dans le village. Jeannot et Paule sont formels, ils veulent garder leur mère à la maison. Comment ont-ils fait pour obtenir l’autorisation, difficile de comprendre. Toujours est-il qu’ils enterrent leur mère sous l’escalier, son tricot entre les mains ; ils déposent quelques fruits, du saucisson et une bouteille de rouge, “pour le voyage” et referment le trou.

 

Jeannot décide de rester près de sa mère, il s’installe dans l’ancienne salle à manger qui jouxte la pièce où elle  est enterrée. Il ne se nourrit pratiquement plus. C’est là qu’il va mourir d’inanition à l’âge de 33 ans.

 

Paule voudrait que son frère soit enterré dans la maison à côté de sa mère. Mais cette fois-ci, non seulement l’autorisation d’enterrer Jeannot à la maison lui est refusé, mais le corps de sa mère sera transféré au cimetière et enseveli avec celui de Jeannot à même la terre.

 

Paule est maintenant seule, à son tour elle va délirer, elle se nourrit uniquement de maïs, refuse toute nourriture fournie par l’assistante sociale. Elle pense que l’on cherche à l’empoisonner. Elle est vêtue de sacs de pommes de terre attachés par des ficelles. Le maire la visite, essaie de la raisonner, ce à quoi elle lui  répond que de toute façon elle va partir chez Farah Diba, loin de cette antenne qui leur a fait tant de mal. Par souci humanitaire on ne lui coupe pas l’électricité. Bien entendu elle ne s’occupe plus ni de la culture, ni des animaux qu’elle laisse mourir. C’est seulement en 1993, vingt ans après le décès de son frère, qu’on la retrouvera morte dans la porcherie.

 

Et c’est maintenant que commence la véritable histoire :

 

Vu l’état de saleté de la maison, les héritiers décident de faire venir un couple de brocanteurs afin de la vider de cet amoncellement d’immondices. Inutile de vous décrire l’état des lieux, poussière, moisissures, odeur de pourri, cadavres d’animaux, j’arrête ici cette description sordide.

Dans la pièce qui servait de chambre à Jeannot, une épaisse couche de poussière recouvre le parquet. Machinalement la femme du brocanteur repousse les déchets qui jonchent le sol et découvre des lettres sculptées à même les lames de chêne. Il s’agit de mots sculptés au couteau   et agrémentés de clous. Oserais-je dire : des mots crucifiés. Le texte intégral occupe environ 15 mètres carrés et se situe autour du lit de Jeannot. Il se trouve que le père de la personne qui a découvert ce parquet est psychiatre. Mis au courant, il propose aux héritiers de déclouer le parquet et de le remplacer par un neuf. Marché conclu, le psychiatre repart avec ses lames de parquet.

 

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Le parquet en question sera par la suite exposé en de nombreux lieux consacrés à l’art brut.

 

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Personnellement j’ai du mal à considérer ce parquet comme une œuvre d’art à part entière du point de vue sculpture et certainement pas comme une œuvre littéraire. Mais avouez que l’histoire est intéressante.

 

Voici le texte intégral du fameux parquet:

 

« La religion a inventé des machines à commander le cerveau des gens et bêtes et avec une invention à voir notre vue à partir de rétine de l'image de l'oeil abuse de nous santé idées de famille matériel biens pendant sommeil nous font toutes crapulerie l'Eglise après avoir fait tuer les juifs à Hitler a voulu inventer un procès type et diable afin prendre le pouvoir du monde et imposer la paix aux guerres l'Eglise a fait les crimes et abusant de nous par électronique nous faisant croire des histoires et par ce truquage abuser de nos idées innocentes religion a pu nous faire accuser en truquant postes écoute écrit et inventer toutes choses qu'ils ont voulu et depuis 10 ans et abusant de nous par leur invention a commandé cerveau et à voir notre vue a partir image rétine de l'oeil nous faire accuser de ce qu'il nous font à notre insu c'est la religion qui a fait tous les crimes et dégâts et crapulerie nous en a inventé un programme inconnu et par machine à commander cerveau et voir notre vue image rétine oeil… nous faire accuser nous tous sommes innocent de tout crime tort à autrui nous Jean Paule sommes innocents nous n'avons ni tué ni détruit ni porte du tort à autrui c'est la religion qui a inventé un procès avec des machines électroniques à commander le cerveau sommeil pensées maladies bêtes travail toutes fonctions du cerveau nous fait accuser de crimes que nous n'avons pas commis la preuve les papes s'appellent Jean XXIII au lieu de XXIV pour moi et Paul VI pour Paule l'Eglise a voulu inventer un procès et couvrir les maquis des voisins avec machine à commander le cerveau du monde et à voir la vue image de l'oeil fait tuer les juifs à Hitler ont inventé crimes de notre procès. »

 

Pour ce qui est de l’interprétation de ce texte, ce n’est pas si simple qu’il y paraît. Aussi je préfère laisser à chacun le soin du décodage… Notez tout de même que Jean (dit Jeannot) se prend pour Jean XXIV et fait succéder sa sœur Paule à Paul VI.

 

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Le Plancher de Jeannot est depuis cinq ans la propriété de l'entreprise de médicaments Bristol-Myers Squibb. Il est exposé désormais, dans la rue face à l'hôpital Sainte-Anne.

 

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A propos du plancher de Jeannot

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