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Publié le par BMC
Publié dans : #B.M.C.

Pierre Soulages, moine Zen ou Cistercien ?

 

 

Ou le noir en puissance d'être. La lumière est issue des ténèbres, dit-on. Plus Pierre Soulages s'enfonce dans les profondeurs abyssales du noir, plus la lumière se fait jour.

 

La démarche de Soulages est une longue histoire, dès l'enfance, il est fasciné par ce que plus tard les peintres appelleront “la matière”. Tout ce qui est vieilles pierres, morceaux de bois flotté, en un mot tout objet sur lequel le temps a laissé son empreinte le conduira à une réflexion qui ne pourra, en ce qui le concerne, ne  s'exprimer que par la peinture.

 

L'enfance est souvent le tremplin de notre existence, comme si tout était déjà programmé. Outre son attirance pour les matériaux nobles, Soulages va découvrir très jeune l'art roman et en particulier l'abbatiale Sainte-Foy de Conques. Comme on peut l'imaginer, les peintures rupestres vont également retenir toute son attention. Il va aussi s’intéresser à l’archéologie, la voie semble déjà toute tracée.

 

On raconte l’histoire suivante : Le petit Pierre à peine âgé  de huit ans dessine en noir sur une feuille blanche, jusque-là rien de plus banal, mais lorsqu’on lui demande ce qu’il est en train de peindre, “un paysage de neige”. Plus tard il s’expliquera : “Je voulais par le contraste créé rendre le blanc plus blanc, plus lumineux”.

 

Pierre Soulages est né à Rodez dans un   pays où poussent les cailloux, pays rude, propice à la réflexion et à la  méditation.  Dans cet Aveyron, qui lui ressemble tant. C’était pour la veillée de noël le soir du 24 décembre 1919.

 

À l’âge de 18 ans, Pierre Soulages “monte à Paris”,  bien décidé à devenir peintre. Il est admis à l’école des Beaux-Arts. Très vite découragé par la médiocrité de l’enseignement (les choses n’ont pas beaucoup changé de nos jours), il retourne vivre dans sa ville natale. Son passage par Paris lui aura été très utile, il y aura découvert Cézanne, Picasso et aussi tous les grands classiques Poussin, Uccello (bien sûr) et les autres…

 

En 1939, la guerre viendra perturber ses plans. D’abord mobilisé en 1940, il sera démobilisé en 1941. C’est cette même année qu’il vient s’installer en zone libre à Montpellier. C’est sans doute à cette époque qu’il découvrira Sète, ville chère à son cœur puisqu’il y passera la plus grande partie de sa vie.

 

 Soulages refuse le STO ; avec l’aide de cultivateurs de la région, il se cachera jusqu’à la fin de la guerre. Permettez-moi ici de faire une parenthèse pour ceux qui n’ont jamais entendu parler du STO. Il s’agit du Service du Travail Obligatoire créé par l’occupant nazi qui consiste à enrôler de force toute personne valide pour l’envoyer travailler dans les usines d’armement  allemandes. Un autre célèbre sétois, Georges Brassens, a malheureusement connu cette triste expérience.

 

Sa véritable carrière de peintre commence en 1946. Installé à Montparnasse il se lance dans des  recherches purement abstraites où, déjà, le noir domine. Dès 1948 il va participer à de nombreuses expositions et salons (à une époque où les salons avaient encore toute leur raison d’être). Assez vite il sera connu et reconnu autant en France qu’à l’étranger.

 

Dans ses peintures des années cinquante, les bruns sont très présents. Soulages emploi parfois le brou de noix, à cette époque, la couleur fait assez souvent une timide apparition, les bleus, les rouges, les ocres. La recherche paraît plus souvent s’attacher à la transparence, aux rythmes. On pourrait presque parler de musicalisme abstrait.

 

Certains peintres “remplissent” leur tableau, ils ajoutent, ajoutent encore et encore jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien à ajouter. Chez Soulages, la démarche est inverse, il simplifie de plus en plus jusqu’au moment où ne reste que l’essentiel. Dans le sous-titre de cet article, j’ai fait une allusion au côté Zen de Pierre soulages. Sa démarche est une méditation. Un à un il élimine tout ce qui pourrait nous distraire pour ne laisser apparaître que l’ultime signe qui résume l’ensemble.

 

Une des plus grandes qualité de Pierre Soulages est de ne s’être jamais laissé aller à la facilité. Jamais il ne tombera dans le décoratif, le joli, ce qui est souvent le défaut des peintres abstraits, je pense, par exemple à Zao Wou-Ki, à Mathieu. Sa peinture a un côté statique que n’ont pas ses illustres confrères, Kline, Hartung ou Schneider. Soulages est un terrien, en bon capricorne, il est plus rocher que vent, mais rocher au milieu d’un jardin Zen.

 

C’est dans les années 80 que Soulages fait ses premiers tableaux complètement noirs où seul la matière va accrocher la lumière. C’est à mon avis le couronnement de son œuvre. À voir les tableaux plus anciens, on pouvait se douter que sa démarche le conduirait  à une peinture monochrome. Il aurait tout aussi bien pu peindre des monochromes blancs.

 

Dans ses dernières œuvres, le noir appliqué en épaisseur est travaillé avec une spatule de peintre en bâtiment, un couteau, de grosses brosses ou tout autre outil de sa fabrication, seule la matière va servir de support à la lumière ; plus la peinture est simplifiée et plus le noir va prendre de force.

 

Soulages parle de l’Outre-noir, cela se passe de commentaire. Maintenant, iI y a l’avant et l’après Soulage, le noir est devenu une couleur à part entière, plus jamais il ne sera considéré comme une non-couleur.

 

Je vous ai dit que petit Pierre Soulages avait découvert l’église abbatiale de Conques. En 1987 on lui demande de réaliser  104 vitraux pour cette église. Durant 7 ans, il va travailler à leur réalisation. Et comme il n’était pas question de faire des vitraux entièrement noirs, ils seront réalisés dans un verre légèrement translucide,   verre spécialement conçu par des spécialistes et avec le concours du peintre.

 

En 2012, un musée Soulages ouvrira ses portes à Rodez, l’artiste a fait don de 250 œuvres. D’autre part le Musée Fabre de Montpellier a reçu une donation de 20 tableaux, parmi lesquels des œuvres majeures.

 

Pierre Soulages aura 90 ans dans quelques jours, souhaitons longue vie au “ vieux sage ” qui, sans doute, aura encore beaucoup de choses à nous apprendre.

 

Pierre Soulage a influencé de nombreux peintres, je n’en veux pour preuve que ces deux peintures de BMC réalisés en 1960.

 

 

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BMC peinture sans titre 1960

 

 

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BMC peinture sans titre 1960

 

P.S. La photo ratée :

 

C’était à la FIAC (Foire internationale d’Art Contemporain) il y a plusieurs années. Je me trouve sur le stand de la Galerie de France. Les murs sont blancs, les grandes toiles noires de Pierre Soulages créent un contraste saisissant, et devant elles, je vous jure que c’est la vérité : un “gros” (pardon pour lui) curé en soutane noire, un béret sur la tête, un parapluie noir sur le bras. Bien entendu je n’avais pas d’appareil photo…

 

 

Rétrospective Pierre Soulages Centre Georges Pompidou

 

 

 

 

 

 

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